Paul Verhoeven
 : Not a Funny Game

« Elle » marque le retour au grand écran de Paul Verhoeven, qui cette fois-ci exploite le genre du thriller psychologique. Une demi-réussite avec de belles images, mais sans profondeur.

« Elle » s’entraîne déjà.

« Elle » s’entraîne déjà.

« Elle », c’est Michèle, une femme pour qui le label féministe ne colle plus. Non pas qu’elle soit soumise, mais parce qu’elle n’en a pas grand-chose à cirer. Car pour elle, il n’y a qu’elle qui compte. Sa position à la tête d’une grande boîte de jeux vidéo la remplit tellement que, pour son entourage, elle est devenue une sorte de personnage virtuel – une femme que rien ne peut ébranler, un être au-dessus de la mêlée, une vraie intouchable.

Alors quand quelqu’un va la toucher vraiment là où ça fait mal, elle ne s’ébranle pas, mais elle se transforme en chasseuse. Mais on comprend mal qui elle cherche au juste : l’homme qui l’a violée ou elle-même, voire son humanité qu’elle a depuis longtemps enfouie sous un masque. Car Michèle avance masquée dans la vie, tout comme le mystérieux inconnu qui commence à jouer à cache-cache avec elle dans une escalade de violence. S’y ajoutent un isolement volontaire et un refus obstiné de considérer même l’aide des forces de l’ordre, qui s’explique par un lourd passé familial – une couche de plus qui l’isole du monde extérieur avec lequel elle n’interagit que par le contrôle le plus total. Un peu comme si la réalité, sa réalité, se laissait contrôler par une manette de jeu.

Avis aux amateurs : si vous n’aimez pas Isabelle Huppert, « Elle » peut vite devenir une vraie torture mentale. Car l’actrice française perce carrément l’écran dans ce thriller qui est complètement bâti autour de sa personnalité. Malheureusement et comme bien trop souvent, Isabelle Huppert joue Isabelle Huppert – certes avec beaucoup de talent, mais depuis des films chocs comme « La pianiste » ou l’encore plus sulfureux « Ma mère », elle semble avoir pris un abonnement aux rôles de femmes torturées et froides.

Dommage, parce que le casting, l’actrice principale mise à part, était prometteur. Surtout la présence de Christian Berkel intrigue. L’acteur allemand, connu aussi pour sa présence dans la série culte « Tatort », apporte un peu de fraîcheur dans ce film tout de même décevant.

La déception provient bien sûr aussi de l’horizon d’attente forcément élevé pour un cinéaste comme Verhoeven, qui par le passé avait bouleversé – avec des films comme « Robocop » ou « Starship Troopers » – les limites du cinéma. Mais avec « Elle », le coup ne lui réussit pas. On a l’impression que l’intention du réalisateur était de faire une sorte de « Funny Games » en version féminine. Mais n’est pas Michael Haneke qui veut.

Là où Haneke explorait les profondeurs insondables de la méchanceté humaine et la faisait ressortir par petites vagues qui devenaient un tsunami de violence, Verhoeven reste à la surface des choses. Même si le jeu qui se déploie entre les deux personnages principaux crée une certaine tension, le spectateur n’est jamais pris d’effroi. Peut-être parce que le film est tellement centré sur l’actrice principale qu’il en devient hermétique.

Ainsi, une vraie identification avec le mal – ce qui est tout de même le propre du genre du thriller psychologique – n’est pas possible. Ou alors très difficilement, car, comme on l’a vu, Isabelle Huppert a du mal à sortir de sa peau.

En tout donc, une belle déception que ce « Elle ». Malgré cela, on espère qu’il ne nous faudra pas attendre encore une fois trop longtemps pour voir le prochain film de Paul Verhoeven sur le grand écran – car du talent il en a, et n’a pas besoin de le prouver.

À l’Utopolis Kirchberg.
 Tous les horaires sur le site.

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