Post/jazz/expérimental
 : Poissons poilus

Amateurs de musique expérimentale et déjantée, réservez la date ! Le passage du groupe Kuhn Fu va rester dans les mémoires.

Les musiciens de Kuhn Fu ne sont pas là pour jouer… gentiment.

Que le jazz contemporain cherche perpétuellement de nouvelles façons de s’exprimer et de nouvelles inspirations n’est pas vraiment une nouvelle. Depuis des décennies, des musiciens de tous bords essaient de concocter des mélanges entre cette musique basée sur l’improvisation et le rythme et d’autres genres, qui a priori n’ont pas grand-chose à voir avec le jazz dit « classique ».

Depuis Pat Metheny et le jazz-rock, on sait que les deux genres ne s’excluent pas du tout. Plus récemment, des groupes comme Shining (les Norvégiens, pas les Suédois) ont essayé avec un certain succès de mélanger black metal et jazz – un pari déjà difficile à tenir. Une autre variante est celle de la musique noise et expérimentale, qui partage des troncs communs avec le free jazz, même si elle est née sous une autre étoile – celle de la scène no wave new-yorkaise qui était plus proche de la musique contemporaine que du jazz. Et puis il y a ceux qui mélangent le jazz à des musiques plus traditionnelles, comme le jazz manouche ou encore la musique d’influence arabe.

Et puis finalement, il y a Kuhn Fu – qui refait le mélange de toutes les musiques précitées pour en faire sa propre sauce. Kuhn Fu, c’est le clash entre quatre musiciens d’exception qui viennent d’horizons très différents. Il y a d’abord le guitariste Christian Achim Kühn – le fondateur du groupe et le compositeur principal, quand il ne s’amuse pas à revisiter du Duke Ellington à sa façon. Puis Ziv Taubenfeld à la clarinette basse, originaire d’Israël et qui a son propre trio appelé Bones – très actif dans la scène d’improvisation d’Amsterdam, et animateur d’une école de musique qui attire des talents du monde entier. C’est dans cet univers que ces deux se sont adjoint Esat Ekincioglu (d’origine turque) à la contrebasse et Lav Kovac (originaire de Novi Sad en Serbie) derrière les fûts.

Ce mélange ethnique éclectique s’entend naturellement dans le son du quatuor. Des critiques évoquent Don Van Vliet de Captain Beefheart et surtout l’album « Trout Mask Replica » de 1969 – un monument du psychédélisme. Mais il y a bien plus dans la musique de Kuhn Fu : on y retrouve des sonorités qui rappellent les jazzeurs expérimentaux italiens de Zu par exemple, ou encore des passages qui pourraient figurer sur certains albums des Melvins, légendes indé rock de Seattle. Les sonorités sont en tout cas coupantes et les basses définitivement puissantes à un point où les limites entre jazz et hardcore, voire metal, sont largement dépassées. S’y ajoute sur certaines chansons de leur premier et seul album, « Kuhnspiracy », sorti cette année, une touche de musique ethnique – d’autres diront « world » – qui arrondit le tout.

Qu’importe, les quatre ont trouvé la définition de leur musique et de leur formation : « A Hairy Fish with Legs That Can Climb a Tree » – et leurs compositions pourraient bien être les premiers morceaux de musique écrits pour des poissons poilus qui aiment grimper dans les arbres.

Comme le disait un autre critique : leurs morceaux ne sont jamais agréables et c’est exactement ce qui les rend intéressants.

Donc, si vous n’avez pas perdu le goût de l’aventure musicale, marquez la date au fer rouge.

Au Gudde Wëllen, le 11 avril.

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