Le patronat sonne l’alarme : le Luxembourg est confronté à un problème de productivité, qui handicape sa compétitivité. Une affirmation fallacieuse, rétorque la Chambre des salariés (CSL) dans deux études qu’elle a consacrées au sujet en décembre. En la matière, le grand-duché affiche des performances qui le placent en tête de la classe européenne, avance la chambre professionnelle, chiffres à l’appui.

(Graphique : CSL/EurostatDans le détail par secteur)
Le résultat est sans appel : un·e salarié·e au Luxembourg produit 114 euros de richesse en une heure de travail. Au niveau de l’Union européenne, seule l’Irlande fait mieux en dépassant les 120 euros, tandis que les voisins directs du grand-duché affichent 77 euros pour la Belgique, 71 euros pour l’Allemagne et 63 euros pour la France. La moyenne des 27 États membres se situe à 53 euros.
Ces chiffres proviennent de l’une des deux études sur la productivité publiées par la CSL en décembre dernier. Ils s’appuient sur les données d’Eurostat et contredisent ce que la chambre professionnelle qualifie de discours « alarmiste de certains acteurs au regard de la situation économique et au regard de la situation compétitive du Luxembourg ». Bien qu’ils ne soient pas nommément cités par la CSL, la critique vise tant le patronat, pour sa tendance générale à noircir le tableau de l’économie luxembourgeoise, que l’Observatoire luxembourgeois de la compétitivité, dont le constat négatif se drape dans un vocabulaire aux apparences plus neutres. L’Union des entreprises luxembourgeoises qualifie ainsi de « préoccupante » la situation du pays dans ce domaine.
D’une certaine manière, l’on pourrait dire que tout le monde a raison, car tout dépend de la manière de mesurer les choses. Les « alarmistes » mettent en avant la productivité réelle, « un indicateur dont les limites invitent à la prudence », estime la CSL, « notamment dans les économies largement tertiarisées comme au Luxembourg ». Un reproche également formulé par Eurostat, pour qui cette mesure « peut gravement contrarier la fiabilité et la comparabilité des données de croissance du PIB », signalait déjà la CSL en 2024. Pour le patronat, les résultats obtenus avec le concept de « productivité réelle », aussi appelée « productivité en volume », permettent de remettre en cause les hausses salariales, notamment du fait de l’indexation, qui plafonnerait les gains de productivité.
Pour sa part, la CSL privilégie la productivité nominale, « seule mesure tangible, véritable, exprimée dans une forme monétaire sonnante et trébuchante », car pour partie orientée par l’évolution des prix de vente. Ainsi, « la richesse générée par une heure de travail au Luxembourg est bien supérieure à celle de nos pays voisins et à la moyenne de l’Union européenne », avance la CSL. « Cette différence, qui constitue un avantage comparatif pour le Luxembourg, s’est même considérablement accentuée au fil des années », insiste la chambre professionnelle.
Cette évolution se situe néanmoins dans la moyenne européenne, reconnaît la CSL, tout en soulignant que le grand-duché continue à afficher des performances qui le placent en tête dans presque tous les secteurs de l’économie. À rebours donc du discours patronal qui affirme que le pays décroche par rapport à ses voisins directs.
Alors que ce dernier incrimine facilement les salarié·es pour leur manque de performance, notamment en raison d’un absentéisme censément excessif ou de « mauvaises habitudes » prises pendant la crise sanitaire du covid, la CSL le rappelle à ses propres responsabilités : « Les déterminants généraux de la productivité du travail ne résident évidemment pas dans la seule volonté des travailleurs, mais dépendent aussi largement de la responsabilité des entreprises qui leur incombe d’améliorer les conditions de travail, l’outil de production, l’organisation et la gouvernance de l’entreprise, d’investir dans la recherche et le développement, dans le renforcement des compétences de la main-d’œuvre et du management, etc. » À bon entendeur…
Dans le détail par secteur
Selon des classements établis par la CSL sur la base des données publiées par Eurostat sur l’année 2024, le Luxembourg est l’un des pays européens les plus performants pour sa productivité horaire nominale. Il dépasse ses voisins directs dans presque tous les secteurs.
Dans la construction, avec une productivité horaire de 51 euros, le pays affiche la troisième meilleure performance européenne d’un classement dominé par la Belgique (60 euros), tout en se situant devant l’Allemagne (48 euros) et la France (38 euros), tandis que la moyenne des 27 se situe à 34 euros.
Dans le commerce, le pays occupe la première place (81 euros), dépassant ses voisins directs que sont la Belgique (70 euros), l’Allemagne (55 euros) et la France (41 euros). La moyenne européenne est de 41 euros.
Dans le transport et l’entreposage, le Luxembourg se classe troisième (73 euros), juste derrière la Belgique (74 euros) mais devant l’Allemagne (53 euros) et la France (49 euros), la moyenne européenne étant de 40 euros.
Dans l’hébergement et la restauration, c’est la Belgique qui occupe la première place du podium (41 euros), juste devant le Luxembourg (40 euros), l’Allemagne (31 euros) et la France (30 euros), ces deux derniers pays se situant en milieu de classement avec une moyenne européenne de 26 euros.
Dans l’information et la communication, le grand-duché occupe la deuxième place (112 euros) derrière l’Irlande, dont la productivité horaire flirte avec les 350 euros, une performance exceptionnelle liée à la présence de grands acteurs américains de la tech comme Google et Facebook. Dans ce secteur, la Belgique affiche une productivité horaire de 106 euros, l’Allemagne de 83 euros et la France de 73 euros, pour une moyenne de 68 euros.
Sans grande surprise, le grand-duché écrase ses partenaires européens dans la finance et l’assurance avec une productivité horaire de 254 euros, loin devant la Belgique (188 euros), l’Allemagne (97 euros) et la France (63 euros), qui se situe sous la moyenne européenne (92 euros).
Dans l’immobilier, le Luxembourg est troisième (831 euros), derrière l’Irlande (1.500 euros) et la Belgique (1.258 euros), mais nettement devant la France (600 euros), l’Allemagne (582 euros) et la moyenne européenne (451 euros).
Dans les activités spécialisées, scientifiques et technologiques, le grand-duché (94 euros) est second, à jeu presque égal avec l’Irlande, mais, là encore, devant l’Allemagne (64 euros) et la France (59 euros), la Belgique (41 euros) se situant sous la moyenne européenne (47 euros).
Il n’y a finalement que dans l’industrie où le grand-duché est à la peine, se situant en huitième position du classement européen (69 euros), derrière la Belgique (93 euros) et l’Allemagne (76 euros), mais devant la France (63 euros) et devant la moyenne européenne (51 euros).

