Quality of Work Index : Le travail, c’est toujours pas la santé

von | 06.02.2026

Les conditions de travail se dégradent au fil des ans. C’est le constat dressé par la Chambre des salariés (CSL) dans l’édition 2025 du « Quality of Work Index Luxembourg ». L’insatisfaction au travail n’a jamais été aussi élevée depuis l’existence de cette étude qui, cette année, met l’accent sur le déficit en matière de formation continue.

Le manque de main d’œuvre entraîne un surplus de travail pour les salarié·es. (Photo : Studio-Republic/Unsplash)

Comment se portent les salarié·es en temps de pénurie de main-d’œuvre ? De plus en plus mal, répond la CSL dans l’édition 2025 du Quality of Work Index. Avec un score de 53,4 sur 100, l’index est au plus bas depuis la publication de la première étude en 2014. Pour parvenir à ce résultat, la CSL et l’Université du Luxembourg ont posé 200 questions à plus de 3.100 personnes salariées du privé et fonctionnaires, résidentes et frontalières. « Cet index est un outil scientifique unique au Luxembourg, et nous disposons désormais de données qui nous permettent d’effectuer des analyses sur le long terme », affirme la présidente de la CSL (et de l’OGBL), Nora Back, lors de la présentation de l’étude, ce mercredi 4 février. « Malheureusement, il n’est toujours pas assez pris en compte par les patrons et le gouvernement », déplore la syndicaliste.

Dans le détail, les cadres et les personnes employées dans l’information et la communication sont les plus satisfait·es, tandis que dans le commerce, le transport et l’Horeca, l’index de la qualité au travail atteint à peine 50,1 et plonge même à 46 dans la catégorie « conducteurs de machines et ouvriers de l’assemblage ». Les raisons de l’insatisfaction sont multiples. « On constate une érosion des ressources qui protègent et motivent les salariés », expose David Büchel, conseiller de direction à la CSL et psychologue du travail. « La sécurité de l’emploi diminue, tandis que la participation aux décisions stagne depuis 2020, tout comme les possibilités d’accéder à une formation continue », relève l’expert. Avec l’intelligence artificielle, la peur de perdre son emploi est croissante. L’enquête montre aussi une coopération entre collègues qui s’amenuise au fil des ans, témoignant de la pression accrue pesant sur les salarié·es.

Les effets sur la santé physique et mentale sont logiquement de plus en plus délétères : le risque de burnout concerne dorénavant 36 % des salarié·es, le bien-être émotionnel se détériore et entraîne un risque accru de dépression, tandis que les pensées suicidaires touchent désormais 6,6 % des salarié·es, trois fois plus qu’en 2014. Un tiers des personnes interrogées font état de troubles du sommeil et un quart de maux de tête ou de problèmes d’articulations. Les résultats masquent de profondes inégalités en fonction du genre et de l’âge (les femmes et les jeunes sont davantage affecté·es) ou du lieu de résidence (au Luxembourg ou dans un pays frontalier).

Pénurie et chômage

Cette dégradation du bien-être au travail est d’autant plus paradoxale que le pays est face à une pénurie de main-d’œuvre, ce qui devrait peser en faveur des salarié·es dans leur capacité à négocier les conditions de travail. Mais ce manque pèse en fait sur les salarié·es, qui doivent travailler plus vite, faire plus d’heures supplémentaires, effectuer des tâches pour lesquelles ils et elles ne sont pas qualifié·s ou encore changer fréquemment leurs horaires.

L’autre paradoxe de cette situation est le niveau élevé du chômage, révélant « une inadéquation entre les postes vacants et les compétences des salarié·es », note Nora Back. « On en fait beaucoup pour attirer des talents du monde entier, mais il faut investir dans la main-d’œuvre régionale pour rendre les gens employables », abonde Patrick Dury, vice-président de la CSL et patron du LCGB. L’une des questions dès lors posées porte sur la formation continue, sur laquelle le Quality of Work Index met l’accent cette année. La CSL constate des inégalités persistantes dans l’accès aux formations, des disparités de projection professionnelle au détriment des moins qualifié·es, un manque de soutien des entreprises ou encore une prise en charge insuffisante du coût des formations. La CSL suggère de nombreuses pistes pour améliorer la formation continue, mais elle se heurte à un manque d’écoute des politiques. « Nous répétons les mêmes revendications depuis des années, mais cela n’avance pas vraiment », regrette Claude Cardoso, directeur adjoint de la CSL « Ce sujet n’a pas vraiment été à l’ordre du jour de ces deux dernières années, où nous avons dû batailler sur d’autres terrains, mais il doit être incontestablement relancé », promet pour sa part Nora Back.

 

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