Sur Netflix : Barbaren

En octobre dernier, une production allemande entrait dans le catalogue Netflix, et, quelques semaines plus tard, devenait top 3 des vues au Luxembourg, top 1 en France et en Allemagne. « Barbaren » est un thriller historique qui s’intéresse à la rébellion des tribus de Germanie contre l’occupation de leurs terres par l’Empire romain.

Jeanne Goursaud impressionne par la virilité de son interprétation. (Photo : Allociné)

Disons-le tout de suite : il y a comme un air de « Game of Thrones » à moitié assumé. Entre les luttes politiques au sein des tribus germaniques, la trahison d’un fils envers son père adoptif et un triangle amoureux, la production allemande tente de mêler le sang aux larmes – sur fond de recherches historiques pourtant étonnamment précises. En regardant la série, vous vous assurez un dépaysement total, et c’est une des premières réussites. Le choix des forêts allemandes entourées de brume, les couchers de soleil rouge sang sur les collines, les villages germains savamment reconstitués, tout est criant de vérité, et il faut saluer l’impressionnant travail des équipes chargées de la création et de la décoration.

L’immersion va cependant plus loin. La langue parlée est évidemment celle de Goethe, très rafraîchissante à côté de de la masse de superproductions américaines. Mais il y a une surprise supplémentaire : de nombreux-euses chercheurs-euses et universitaires ont participé au développement de la série, afin de donner un caractère réaliste aux personnages historiques mis en scène. Et ils et elles sont allé-e-s plus loin, puisque vous n’entendrez plus soldats et généraux romains parler anglais, mais bien… latin ! Tous les dialogues ont été rédigés par des spécialistes de la langue et interprétés par des acteurs italiens originaires de Rome, ce qui donne une originalité sans égale à la série. Ce point est important, tant le voyage historique proposé par « Barbaren » repose sur une immersion absolue : vous jurerez avoir quitté votre salon pour les brumes de l’ancienne Germanie.

Qu’en est-il du scénario ? Toujours à la manière d’un ersatz de « Game of Thrones », l’histoire alterne entre trahisons, vengeances et hésitations entre deux mondes, le romain et le germain. En dire plus viendrait gâcher la découverte. Remarquons seulement les quelques défauts qui viennent légèrement entacher le début de la série. On sent que cette première saison, qui devrait être complétée à l’avenir, était un essai plein d’audace. En mélangeant les genres, la production allemande multiplie les risques. Ainsi, les trois premiers épisodes sont parfois inégaux et alternent entre excellentes idées et clichés quelque peu regrettables. Rien de bien méchant, mais certaines lourdeurs auraient gagné à être évitées.

Toutefois, ces petits égarements sont vite oubliés une fois qu’on se retrouve plongé dans les trois derniers épisodes, qui sont réalisés d’une main de maître. Le souffle épique qui les porte est accompagné d’une réalisation musicale exceptionnelle, et d’un certain parti pris artistique dans la manière de filmer qui fait mouche. De nombreux plans devraient vous rester en tête, tant leur impact visuel est important. On se rend aussi compte à quel point les réalisateurs avaient un véritable projet en tête, et que la série avait été pensée bien à l’avance. On prend plaisir à accompagner les personnages dans leur épopée, tout en saluant l’interprétation des acteurs et actrices.

Parlons-en, justement, de l’interprétation. Laurence Rupp, qui écope du rôle principal, le Germain Arminius élevé à Rome, a sans doute reçu la tâche la plus complexe. L’Autrichien, formé sur les planches, alterne entre allemand et latin, entre sa tribu d’origine qu’il a dû oublier et l’Empire romain, qui l’a élevé et formé. Deux mondes dans lesquels il est toujours étranger, indésirable. La profondeur psychologique du personnage se reflète également dans des scènes plus brutales, où l’acteur doit faire montre de bonnes capacités physiques : combats nombreux, confrontations et chutes variées dans l’eau et le froid rythment le parcours douloureux du personnage. À ses côtés, l’excellente actrice franco-allemande Jeanne Goursaud surprend tout le monde. Quelque peu discrète dans les premiers épisodes, elle se révèle de manière éclatante lors des derniers en valkyrie sublime. La violence qu’elle interprète et la puissance si masculine qu’elle réussit à incarner éblouissent à chaque instant, et le sixième épisode semble reposer en grande partie sur son charisme et son regard envoûtant. Dans la tragédie historique comme dans le drame personnel, familial, « Barbaren » brille d’une jeune audace peu fréquente, et le pari gonflé risqué par les créateurs paraît largement gagné par la conclusion de cette formidable série. À ne pas manquer.

Disponible sur Netflix depuis le 20 octobre 2020, saison 2 à venir.

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