Théâtre : L’heure des choix

von | 10.11.2017

C’est avec « Skylight » que le TOL ouvre sa saison. Une pièce sur les bifurcations que chacun est amené à suivre dans la vie, avec un magnifique rôle de femme.

(Photos : Patricia Peribáñez)

Tout allait bien pour eux, avant. Kyra et Tom travaillaient ensemble, gagnaient beaucoup d’argent dans la restauration et s’aimaient passionnément. Seulement voilà : Tom était marié à Alice, également l’amie de Kyra. Lorsque Alice découvre le pot aux roses, Kyra coupe les ponts brusquement. Elle tourne le dos à une vie bien réglée aux revenus abondants pour partir enseigner à des enfants défavorisés. Et puis quinze ans plus tard, le fils de Tom et Alice vient visiter Kyra. Sa mère est morte, et son père est déboussolé. Celui-ci ne tarde pas d’ailleurs à s’inviter dans l’appartement de son ex-maîtresse. Retour de flamme ou règlement de comptes ?

Dès les premières minutes, on comprend pourquoi, lors de la conférence de presse de rentrée du TOL, Véronique Fauconnet avait exprimé son impatience de monter cette pièce de David Hare. L’actrice, qui joue le rôle de Kyra, trouve ici un personnage rêvé au théâtre, une femme à la fois forte dans ses certitudes, droite dans ses bottes, bien dans son métier et pourtant rongée par l’angoisse de n’avoir pas fait les bons choix de vie, même si elle ne veut pas forcément l’admettre. Car « Skylight » est avant tout une pièce sur les choix qui s’offrent à nous : comment concilier vie professionnelle et vie de couple ? faut-il renoncer à la sécurité financière pour faire un travail qu’on juge utile ? où situer l’équilibre d’une vie réussie ? comment ne pas se sentir prisonnier dans sa propre existence ?

À ces questions, David Hare ne donne pas de réponses définitives. Si Tom est toujours aussi riche, il n’a plus l’amour de Kyra. Et celui d’Alice lui a-t-il suffi toutes ces années ? Kyra, elle, semble s’épanouir auprès des enfants en difficulté. Mais qu’a-t-elle manqué en prenant ce tournant radical ? Au fur et à mesure que les dialogues fusent, qu’on en apprend plus sur ce qui s’est passé entre les deux personnages, on sent le nœud gordien se resserrer autour de sa propre existence et on se prend quasiment à avoir envie d’affûter une épée pour le trancher. Parfait hâbleur qui se révèle peu à peu sensible, Denis Jousselin s’oppose intelligemment à Véronique Fauconnet grâce aussi aux costumes de Jeanny Kratochwil, lesquels exacerbent les différences de statut social. La mise en scène de Jérôme Varanfrain enfonce le clou du réalisme, avec des odeurs de cuisine lorsque Kyra prépare son repas.

Tout ça est parfaitement efficace, même si les deux parties (au début et à la fin) où le fils de Tom et Alice intervient semblent quelque peu délayer le propos. Non pas que Brice Montagne ne s’en sorte pas avec brio ; il apporte une fraîcheur que les autres rôles n’ont pas pour objet de représenter. Mais la pièce aurait peut-être gagné en puissance si elle s’était condensée sur l’« affrontement » des deux personnages principaux. Cela étant, « Skylight » reste une production, comme d’habitude au TOL, qui donne à réfléchir et tire le meilleur parti d’une petite scène pour procurer de grandes émotions.

Au Théâtre ouvert Luxembourg, prochaines dates de représentations sur le site du théâtre.

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