La première tripartite de l’ère Frieden s’est ouverte ce mardi 2 juin. Les discussions, apaisées le premier jour, ont pris un tour plus vif dès le lendemain avec l’épineuse question du salaire social minimum, que les syndicats veulent voir davantage revalorisé.

Luc Frieden salue Patrick Dury avant le début de la première réunion tripartite à Senningen, le 2 juin. Le président du LCGB est entouré de Nora Back et Davif Angel de l’OGBL ainsi que de Francis Lommel du LCGB et du président de la CGFP, Romain Wolff. (Photo : Frédéric Sierakowski/Sip)
Lorsque, entre deux portes, on l’interroge sur l’atmosphère dans laquelle s’est déroulée cette première journée de négociation tripartite, Michel Reckinger se fend d’un large sourire : « On discute… Au moins, ils sont de retour autour de la table. » La pique du président de l’UEL vise évidemment l’OGBL et le LCGB. Les deux organisations, coalisées en Union des syndicats, avaient déserté les réunions tripartites ces derniers mois, en accusant gouvernement et patronat de torpiller le dialogue social. Quoi qu’il en soit, en cette fin d’après-midi du mardi 2 juin, tout le monde s’accorde sur la formule « bonne et constructive » pour qualifier les discussions du jour. Pendant le point presse qui suit la réunion, l’on voit même le président du LCGB, Patrick Dury, échanger quelques rires avec Marc Lauer, qui remplacera Michel Reckinger à la tête de l’organisation patronale en octobre prochain. Dans le camp syndical, on fait le constat d’un patronat bien moins « agressif » que ces derniers mois. Chaque partie veut faire preuve de bonne volonté.
Mardi, face à la presse, Luc Frieden certifie que les partenaires sociaux s’écoutent avec respect et salue l’esprit positif de la première tripartite qu’il préside depuis son arrivée au pouvoir. Le premier ministre rappelle que la convocation de cet instrument de crise vise à s’accorder sur les mesures pour contrer la hausse des prix de l’énergie et l’inflation qu’elle entraîne, depuis l’attaque israélo-américaine contre l’Iran. « Notre but est de protéger les gens et nos entreprises de l’augmentation des prix de l’énergie », martèle-t-il, confirmant que les questions du pouvoir d’achat et de la compétitivité sont centrales. Dans le même temps, dans un évident souci d’apaisement, il affirme que les partenaires sociaux sont dans leur rôle en présentant des revendications dépassant la seule question de l’énergie. Le ton change sensiblement le lendemain.
Les discussions sont restées « constructives », mais elles ont été « difficiles », reconnaît Luc Frieden à l’issue du second round de négociations au château de Senningen. L’ordre du jour a été élargi aux questions du logement et du salaire social minimum (SSM), ce que le patronat juge toujours hors sujet. Mais l’Union des syndicats a insisté, comme le laissait entendre le « Paquet compétitivité et dialogue social » qu’elle a présenté en amont de la tripartite. « Il doit se passer quelque chose au niveau du salaire minimum », a appuyé Patrick Dury le matin même sur RTL. Les syndicats revendiquent une hausse de 300 euros, contre 170 accordés par le gouvernement, ce à quoi s’oppose farouchement le patronat. Mais pour le président du LCGB, la question du SSM « ne constitue plus une ligne rouge pour les syndicats », rejoignant ainsi son homologue de l’OGBL, Nora Back, pour qui « il ne sert à rien de venir négocier si l’on n’est pas prêt à faire des concessions ». Autrement dit, la hausse est nécessaire, mais elle peut être aménagée. Mercredi soir, Luc Frieden a promis de faire de nouvelles propositions sur le SSM.
Les délégations filent à l’anglaise
L’index constitue un autre point de friction important, et les dernières projections de l’inflation, livrées mercredi matin par le Statec, augurent le déclenchement d’une nouvelle tranche d’indexation des salaires avant la fin de l’année. Le scénario d’un conflit court au Moyen-Orient étant dépassé, l’inflation devrait bondir dans les mois à venir. Le patronat affirme que les entreprises ne pourront pas absorber le choc d’une seconde indexation cette année, après celle déjà entrée en vigueur en ce mois de juin. Si l’UEL se garde de remettre en cause le principe même de l’index, elle demande néanmoins des compensations étatiques et son report de douze mois. Ce que refusent résolument les syndicats, farouchement hostiles au décalage ou à la manipulation de cet outil.
Mais nul fétichisme, et tout un chacun – gouvernement, syndicats et patronat – s’accorde à dire que l’idéal serait d’éviter la survenue d’un second index en moins d’un an. Pour cela, il faut agir sur les prix de l’énergie, tant en direction des ménages que des entreprises, et c’est le principal défi que Luc Frieden a fixé à cette tripartite. Pour avancer, le chef du gouvernement a bousculé l’agenda, convoquant une réunion non planifiée ce jeudi 4 juin, avant d’autres rendez-vous prévus la semaine prochaine.
Le premier ministre reste confiant sur l’issue de la tripartite, quand bien même l’ambiance s’est rafraîchie dès le second jour des négociations. Mercredi, à l’issue de la réunion, les délégations de l’Union des syndicats et de l’UEL ont filé sans faire de déclaration à la presse. Pas même entre deux portes.

