BOMMELEEËR, SREL, ETC…: Boules de neige

Les révélations et les mensonges s’enchaînent. A l’image de la nitroglycérine, les affaires du Bommeleeër et du Srel font exploser la coalition gouvernementale.

Paroles contre paroles. Lorsque l’on en arrive à ce point, c’est que les dents de rouage commencent à s’entrechoquer. Si, pour des raison liées aux délais d’impression, nous sommes encore dans l’impossibilité de reporter ce qu’il s’est dit lors de l’audition de la juge d’instruction Doris Woltz ce jeudi après-midi, il est ressorti cette semaine que plusieurs acteurs de l’affaire Bommeleeër/Srel n’ont d’autre d’issue que le mensonge. Partie de poker les nerfs tendus. On en vient à songer à l’affaire Cahuzac, lequel tenta le tout pour le tout, mentant avec obstination, faute d’autre échappatoire, dans l’espoir de s’en sortir.

Des petits et gros mensonges donc, qui, une fois éclaircis, donneront plus de clarté au puzzle politico-judiciaire que traverse le grand-duché. Le gros mensonge tout d’abord, qui implique désormais au bas mot quatre hauts personnages : le procureur général Robert Biever, l’administrateur général du ministère de la Justice Guy Schleder, le ministre des Finances (ex à la Justice) Luc Frieden ainsi que l’ancien directeur général de la police, Pierre Reuland.

Car comme il en est ressorti ce mardi lors du témoignage de l’officier de police judiciaire Claude Scho, Reuland, alors suspendu de ses fonctions, aurait tiré toutes les ficelles afin de modifier un article du projet de loi sur l’entrave à la justice. En cause : un article condamnant sévèrement tout enquêteur empiétant sur le bon déroulement d’une enquête. Ainsi, alors que le syndicat des cadres de la police (ACSP) rédigeait son avis au sujet dudit projet de loi, les membres du comité, que Scho venait de rejoindre, se laissaient consulter par Reuland.

Poker menteur

Le témoignage suivant, celui de Biever, devait alors apporter une lumière supplémentaire : en 2010, François Biltgen, successeur de Frieden à la Justice, convoque Biever au ministère afin de le consulter au sujet du projet de loi. C’est à ce moment-là que Guy Schleder laisse entendre à Biever que Reuland l’avait précédé de trois jours, se plaignant à Biltgen que l’article incriminé avait été réincorporé dans le projet de texte.

Ni une, ni deux, LSAP et Verts convoquent Frieden et Schleder en commission de justice le lendemain. Schleder nie en bloc l’affirmation de Biever. Gast Gibéryen, de l’ADR, parle d’une « tempête dans un verre d’eau ». Il est néanmoins étonnant que la « disculpation » de Frieden par Schleder (par ailleurs « lieutenant » de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem) ait été accueillie avec un tel naturel par les députés. Car à la différence de Biever, Schleder n’a pas témoigné sous serment. La PJ n’a, semble-t-il, pas été convaincue : le lendemain, elle ordonne une perquisition à la Justice.

Même affaire, autres menteurs potentiels : l’ex-agent du Srel André Kemmer et son agent traitant André Durand. Les deux André (vous pouvez appeler le second sous un de ses noms de code, « Gaston », mais cela portera également à confusion) se contredisent sur une banale question de quittance. Tandis que le premier prétend que le second aurait touché régulièrement 1.000 euros de la part du Srel avec quittances signées, le second nie en bloc (« je le fais pour le drapeau, madame la présidente ») avoir signé quoi que ce soit, ni avoir touché de l’argent régulièrement. Il ne devrait pas être trop compliqué de résoudre cette petite énigme : une perquisition à la comptabilité du Srel devrait être possible. On en saurait en tout cas davantage sur la volonté du Srel de faire capoter l’enquête sur le Bommeleeër.

Pendant ce temps, la guerre fait rage au sein de la coalition. Sur Facebook vers 14 heures ce jeudi, le président du LSAP, Alex Bodry, rend la monnaie de sa pièce au CSV qui l’avait accusé, le jour précédent, de tenter d’instrumentaliser à des fins politiques l’affaire du ministère de la Justice. Il tient sa revanche avec la perquisition, tranchant : « Pénible pour le secrétariat général du CSV ».

Les boules de neige lancées depuis des mois s’accumulent. L’avalanche est là : à l’heure où nous rédigeons ces lignes, RTL affirme savoir qu le rapport de la commission d’enquête rédigé par François Bausch conclut à la responsabilité politique de Jean-Claude Juncker. Gageons qu’il appellera le peuple à trancher lors d’élections anticipées en automne.


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