Réfugié-e-s : Double jeu

Pendant qu’on ouvre grand les bras aux réfugiés qui arrivent au Luxembourg, on s’obstine à vouloir empêcher les autres de rejoindre l’Europe.

1336EditoInternet« Welcome to Safety ! », pouvait-on lire sur quelques-unes des pancartes que tenaient les 70 personnes qui s’étaient retrouvées à Weilerbach afin d’y souhaiter la bienvenue à la cinquantaine de réfugiés syriens qui venaient d’arriver. Un accueil chaleureux avait été organisé grâce aux réseaux sociaux, et pas seulement : de nombreux journalistes étaient présents aussi, tout comme le directeur de l’Olai et la ministre de la Famille et de l’Intégration. S’ils étaient à bout de forces après l’éreintant voyage qu’ils avaient derrière eux, la plupart des arrivants avaient le sourire aux lèvres.

Les initiatives en faveur d’un meilleur accueil des demandeurs d’asile se multiplient (voir aussi Citizen p. 8) depuis plusieurs semaines, et la photo d’un enfant syrien mort sur une plage turque a considérablement renforcé cette tendance. Partout, des gens s’engagent, collectent des vêtements, proposent de loger des réfugiés chez eux.

On se retrousse les manches afin de réserver le meilleur accueil possible à ceux qui ont tout perdu, et c’est louable, c’est beau, ça fait du bien. D’autant plus qu’à l’opposé de ce bel effort collectif, les râleurs de l’internet et des comptoirs continuent de déverser leur haine sur tout ce qu’ils considèrent comme différent d’eux. Et, pire encore, ces haineux trouvent des relais politiques au cœur même de la société.

Si les déclarations de l’ADR, qui flirte avec l’idée d’une préférence religieuse pour accepter les réfugiés – les chrétiens seraient, selon une prise de position récente, plus aptes à s’intégrer dans nos sociétés – et qui soutient ouvertement le gouvernement nationaliste de Victor Orbán, peuvent choquer, elles étaient néanmoins prévisibles.

Mais l’ADR n’est pas l’unique parti qui joue avec les peurs. Le député CSV Laurent Mosar se demande ainsi sur les réseaux sociaux : « Comment les pouvoirs publics européens veulent-ils détecter parmi les réfugiés d’éventuels terroristes ? » Comme si les réfugiés syriens arrivant en ce moment n’étaient pas les premières victimes de ces terroristes ; comme si la grande majorité des attentats perpétrés en Europe n’avaient pas été l’œuvre de citoyens européens.

Pauvres réfugiés contre méchants terroristes infiltrés, bons étrangers contre immigrants criminels, SDF luxembourgeois contre bandes organisées de mendiants – le type d’argumentation reste le même. En dressant une opposition entre bons et mauvais exclus, on justifie en fin de compte les mauvais traitements à l’encontre de tous. Et on écarte tout soupçon de racisme – après tout, on ne vise que les moutons noirs.

Serait-il préférable de mourir de faim que de mourir d’un obus ?

Malheureusement, le député Mosar n’est pas le seul à construire une hypothétique opposition entre bons et mauvais réfugiés. À travers l’Europe, des politiciens de tous bords en font de même en opposant les réfugiés de guerre, à qui il faudrait bien sûr venir en aide pourvu qu’ils ne soient pas terroristes, aux « réfugiés économiques », qui ne viendraient que pour profiter de nos systèmes sociaux.

Le premier ministre luxembourgeois en fait partie : ainsi, il a déclaré lors d’une rencontre avec son homologue néerlandais qu’il faut bien faire la différence entre ces catégories, même si ça paraît « dur ». Pourquoi refuser l’hospitalité qu’on prétend réserver aux uns à ceux qui ne fuient pas la guerre, mais le chômage de masse, la misère et les structures mafieuses ? Serait-il préférable de mourir de faim que de mourir d’un obus ?

Mais qu’attendre d’un premier ministre qui refuse toute responsabilité de l’Europe pour les milliers de migrants morts en Méditerranée et pour qui la meilleure solution est de couler les bateaux des passeurs, comme il l’a déclaré dans une interview à CNN avant l’été ? Car il est là, le revers de la médaille : pendant que, au Luxembourg, des membres du gouvernement accueillent chaleureusement les réfugiés syriens, au niveau européen on s’obstine à fermer toutes les voies vers l’Europe, risquant ainsi de nouvelles victimes. Et le gouvernement luxembourgeois ne se démarque pas de ses homologues européens par son courage politique exemplaire.


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