Steven Soderbergh: Solaris

Avec „Solaris“ – écrit par Stanislav Lem et adapté une première fois à l’écran par
Andreï Tarkovski en 1972 -, Steven Soderbergh montre surtout qu’il n’est pas un auteur à part entière.

Alors qu’elle s’est suicidée il y a dix ans déjà, George Clooney a toujours sa femme sur les bras dans „Solaris“ de Steven Soderbergh.

SODERBERGH VS LEM

Ebloui

(gk) – Faut-il faire la comparaison à tout prix? Steven Soderbergh n’aurait-il pas déjà prouvé – grâce à des films aussi différents les uns des autres que „Sex, Lies and Videotape“ (1989), „Out of Sight“ (1998), „Erin Brockovich“ (2000), „Traffic“ (2000) ou encore „Ocean’s Eleven“ (2001) – ses qualités d’auteur cinématographique, pour qu’on puisse le croire capable d’une oeuvre qui sache être film de ses propres moyens? Faut-il vraiment mettre le jeune cinéaste américain (il vient d’avoir 40 ans), au succès international retentissant, en rapport avec Andreï Tarkovski, un vieux Russe décédé? Réponses: oui, oui et oui!

Car Soderbergh s’attaque ici au livre de science fiction de Stanislav Lem, l’une des oeuvres littéraires mondiales les plus captivantes qui soient et, par rapport à l’adaptation de Tarkovski, son approche du récit initial est terriblement réductrice.

Le psychologue Chris Kelvin est envoyé sur une station spatiale dont les habitant-e-s semblent atteint-e-s de folie. A son arrivée, il ne reste que deux survivant-e-s. Mais il entrevoit curieusement un enfant dans cette station qui ne devrait être habitée que par d’illustres scientifiques venu-e-s pour examiner la planète Solaris, une forme d’intelligence en elle-même. Après n’avoir rien compris du tout à ce que lui racontent les deux survivant-e-s, Chris va faire une sieste. Au réveil, sa femme Rheya, morte depuis dix ans, l’embrasse en guise de bonjour.

Ikea du futur

Steven Soderbergh se concentre sur la relation amoureuse entre Kelvin et sa femme. Il emploie donc beaucoup de flash-backs, pour montrer les jours heureux, avant le suicide de Rheya. Il veut expliciter ainsi le plus clairement possible les raisons pour l’homme de science, interprété par George Clooney, de perdre la tête. „Solaris“ devient un huis très clos dans une station de l’espace, qui ressemble un peu trop à un catalogue Ikea du futur.

En effet, tout est tellement propre là-haut. Juste une petite trace de sang fait tache dans cet espace inox. Chez Tarkovski, c’était tout autre chose. Là, le docteur Kelvin arrive dans une station spatiale où tout semble sens dessus dessous. Il est évident que la discipline manque à ce vaisseau et que les „Solaristes“ ont eu à subir d’autres problèmes que de veiller à la propreté de leur linge, depuis quelque temps déjà.

Aussi Tarkovski n’évite-t-il pas le véritable sujet du roman de Stanislav Lem: en envoyant aux scientifiques les copies presque conformes d’êtres qui hantent leurs souvenirs et leurs rêves, la planète „Solaris“ essaie de prendre contact avec ses visiteurs. Mais elle représente une entité d’une intelligence tellement supérieure, que l’incompréhension et la panique sont jusqu’ici les seules réactions qu’elle a pu faire surgir dans ces piètres créatures humaines. Voilà la base pour une brillante réflexion autour des limites de la compréhension humaine. Ce qui est réduit, chez Soderbergh, à l’histoire d’un type qui se rend compte que sa mémoire a tendance à flancher et qu’il ne se rappelle pas de sa femme comme elle était réellement. La planète reste, chez lui, à l’arrière plan et agit presque à l’insu des personnages et du public.

Comprenons-nous bien. Cette réduction ne donne pas un mauvais film. Au contraire: George Clooney est très convaincant, la réalisation de Soderbergh est des plus maîtrisées et le film ne présente aucune faute de goût. Mais il faut avouer que le réalisateur américain travaille avec beaucoup (trop?) de gros plans, ce qui n’est pas le plus difficile à faire – pour l’acteur non plus … En outre, l’unique scène de bravoure d’un point de vue réalisation – une hallucination montrée grâce à un travelling sans coupures, de gauche à droite, de la caméra qui tourne de 180 degrés autour de son axe et qui fait disparaître et réapparaître Rheya dans différentes poses – est la copie inversée et en plus sombre d’un plan célèbre du „Solaris“ de Tarkovski. Ce qui donne aussi un hommage rigolo, vu le sujet du film.

Mais surtout, la manie très américaine de terminer cette histoire d’une deuxième chance amoureuse – alors que c’est là une chance vouée à l’échec – par un baiser final, fait plus preuve d’un souci de cinéaste commercial que de celui d’un auteur à part entière. Grosse firme de production hollywoodienne oblige …


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