BRETT MORGEN ET NANETTE BURSTEIN: Le dernier Nabab

Lorsque l’on relate une histoire, il y a toujours trois versions:
celle que l’on raconte, celle que l’on rapporte et puis sa propre version. Et chacune est vraie. Comme le montre la vie du célèbre producteur hollywoodien, Robert Evans.

L’opinion concernant la vérité de ces trois versions a été exprimée par Robert Evans. A partir de là Nanette Burstein et Brett Morgen débutent leur film-documentaire „The Kid Stays in the Picture“, consacré au dernier Nabab d’Hollywood:

Fils d’une famille aisée de New York, Robert Evans débute sa carrière d’acteur de série radiophonique dès son adolescence. Après un début peu remarqué dans „Lydia Bailey“ de Jean Negulesco, Robert change de cap pour diriger avec son frère une entreprise de vêtements, avec une spécialisation dans la confection des pantalons pour femmes. Un marché florissant qui lui fait oublier le monde du cinéma. Mais pas pour très longtemps.

Remarqué par l’actrice Norma Shearer, alors qu’il se baignait tranquillement dans la piscine du „Beverly Hills Hôtel“, il se laisse une nouvelle fois entraîner dans le monde du 7e Art, en participant au film d’Irving Thalberg „L’homme aux mille visages“.

La même année, le producteur Darryl F. Zanuck le repère dans une boîte de nuit et lui confie un rôle dans „The Sun Also Rises“, d’après Ernest Hemingway. Ce dernier, en compagnie de Tyrone Power et Ava Gardner, s’oppose fermement à la présence de Robert Evans. Mais Henry King, le réalisateur, et Darryl F. Zanuck maintiendront leur décision envers et contre tous. Pour Robert Evans, la carrière est lancée et il tournera successivement trois longs métrages, dont „Too soon to love“ qui lui fera rencontrer un jeune débutant nommé Jack Nicholson. Depuis lors une profonde amitié lie les deux hommes. Mais, face à l’échec cuisant du film, Robert Evans comprendra que, tout compte fait, il n’est pas fait pour être acteur et admettra même qu’il a toujours été un piètre comédien.

Au cours des années soixante, il décide de devenir producteur et se voit engagé par la „Paramount“. On confie à Robert Evans la lourde tâche de redresser la barre de ce gros navire à la dérive, considéré comme étant le neuvième plus grand studio hollywoodien.

De coups de maître en coups de bol, Robert Evans s’emploiera, durant ses 35 ans de bons et loyaux services, à faire de la „Paramount“ le numéro un des studios hollywoodiens, en produisant quelques films devenus, entre-temps, quasiment incontournables dans l’histoire du cinéma américain: „Rosemary’s Baby“, „Le Parrain“, „Love Story“, „Marathon Man“, ou encore „Macadam Cowboy“. Sans oublier, pour son propre compte, „Chinatown“. Il sera même le premier à offrir un rôle à Robin Williams dans „Popeye“.

Face à tous ces succès, il ne se rend pas compte que le moindre faux pas pourra lui être fatal. Celui-ci arrivera comme une belle claque dans la figure avec „Cotton Club“ de Francis Ford Coppola.

Du côté vie privée, un autre coup bas ne tardera pas à l’ébranler: la détention de cocaïne. Une „erreur“ qui lui coûtera son amitié avec Charles Bluhdorn, patron du conglomérat „Gulf & Western“, qui l’avait engagé et nommé vice-président en charge de la production des films Paramount.

„The Kid Stays in the Picture“ raconte cette histoire peu ordinaire d’un homme qui paraissait pourtant l’être. Une histoire qui a passionné en 2001 le „Festival de Cannes“ et l’année suivante le „Festival du Film américain de Deauville“. Preuve en est que Robert Evans, du haut de ses 73 ans, passionne et dérange même encore les tireurs de ficelles du 7e Art.

Un bémol tout de même: si le film puise sa force dans le montage successif de photos d’époque et de rares documents animés, on reprochera aux deux réalisateurs leur excès de pudeur par rapport à certains faits sombres des agissements de Robert Evans. L’épisode concernant la cocaïne, pour ne citer que celui-ci, ne sera ainsi évoqué qu’en pointillé, avec pour seule conclusion du narrateur en voix off, qui n’est autre que Robert Evans: „Comment se fait-il que j’ai pu être aussi stupide?“ En revanche, les coups de maître sont expliqués en long et en large, anecdotes sur le tournage de certains films à l’appui.

On a beau se dire qu’il s’agit d’un documentaire „en hommage“ à l’un des plus grands producteurs du cinéma hollywoodien, on doute malgré tout de l’objectivité de cette histoire. Ceci est sans doute tout simplement dû au fait que cette version est racontée et vue par Robert Evans lui-même, ce qui nous ramène logiquement à sa citation du début.


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