MICHAEL WINTERBOTTOM: In this World

Le film primé à Berlin cette année a la fâcheuse particularité de privilégier la forme au fond. Ce qui ne rend pas justice au message, d’une justesse remarquable.

L’avenir est incertain, le présent est flou …

Dotée d’un budget dérisoire de 2,2 millions d’euros, la dernière réalisation du cinéaste britannique Michael Winterbottom, „In This World“, a pour protagonistes deux cousins afghans, Jamal et Enayatullah, au destin plus qu’incertain. Le film ouvre sur le camp de réfugiés de Shamshatoo, au Pakistan, et relate un long périple clandestin, dicté par la quête d’une vie meilleure.

Au bout du parcours: Londres, terre promise.
A condition de traverser le Pakistan, l’Iran, l’Irak, la Turquie, l’Italie, la France …

Introduits de manière rudimentaire dans un décor chaotique, les deux personnages principaux ont vite fait de gagner la sympathie du spectateur, une fois le voyage amorcé. Avant cela, il faudra s’adapter à la piètre qualité de l’image, sensée évoquer le documentaire, et „digérer“ une scène d’abattage de bétail montrant en temps réel l’agonie d’un animal, en l’absence de tout contexte dramaturgique. On aurait tout aussi bien pu filmer une personne effectuant ses petits besoins. Passons.

Dans un souci de réalisme absolu, ce long-métrage a volontairement été tourné en format vidéo semi-professionnel. Si le transfert sur pellicule ne semble pas avoir trop affecté les caractéristiques fondamentales des couleurs, force est de constater que l’ensemble du récit se déroule dans un flou visuel des plus „artistiques“.

Too little is too much

Cette concession est sans doute due au tournage en „available light“, au renoncement à tout éclairage d’appoint, ce qui se solde par une mise au point défaillante. L’effet est du genre „Imax“, mais sans les lunettes 3D. Et au détriment du réalisme de l’oeuvre, pourtant si recherché. Que dire de l’image instable, occasionnée par les innombrables mouvements d’une caméra trop légère, non stabilisée? De la sorte, la moindre scène „animée“, fut-ce une partie de foot sympathique, s’apparente à une scène de guerre.

Heureusement, il y a l’écriture sobre et réaliste, sans fioriture, de Tony Grisoni, à qui l’on doit notamment le scénario du prochain film de Terry Gilliam, ainsi que la prestation des acteurs amateurs, campant des rôles qui n’en sont pas …

Il y a aussi la beauté des paysages, au delà des frontières et des guerres, et malgré une photographie qui s’efforce de brouiller les cartes, de se substituer à la réalité.

On aurait souhaité que le réalisateur s’inspire un tant soit peu du travail de l’un de ses compatriotes: les photographies de Simon Norfolk, prises en Afghanistan après les bombes, sont de véritables chefs-d’oeuvres. Avec Winterbottom, nous avons plutôt droit à de la lomographie animée. C’est plus à la mode.

En définitive, voilà une oeuvre qui parviendra à nous rapprocher davantage du sort d’un million de réfugiés, en dépit du purisme forcené de son réalisateur. Quant à la 53e Berlinale, elle aura confirmé son penchant vers l’agitation politique, quitte à récompenser plutôt des idées que les films en soi.

A l’Utopia


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