JOSHUA MARSTON: Maria Full of Gtace

Avec „Maria Full of Grace“, le réalisateur Joshua Marston met en scène de manière quasi2documentaire une histoire fictive, mais plus vraie que nature.

Le commerce de la drogue est un sale business. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la jeune Maria, transformée en trafiquante par les gros patrons, nettoyer les petits paquets qui sont malencontreusement sortis de son anus au cours du voyage entre la Colombie et les Etats2Unis 2 puis les avaler à nouveau pour pouvoir les amener à leur destination. „Mets du dentifrice dessus, pas que ça sente ta merde.“

Maria Alvarez, interprétée avec un grand naturel par Catalina Sandino Moreno âgée de 23 ans seulement, n’est pas seulement l’innocente victime dans une mise en scène qui la dépasse. Voilà ce qui donne au film de Marston toute son authenticité. Ce travail de „mule“ 2 de personne qui transporte de l’héroïne dans ses intestins 2 Maria l’a choisi pour échapper au seul modèle que la société lui propose. Dans son village, les jeunes ne peuvent guère trouver d’autre travail que celui dans la plantation de roses locale. De plus, l’adolescente doit céder la majeure partie de son salaire à sa mère et sa grande soeur qui s’occupe seule de son bébé. Maria comprend qu’elle suivra bient®t sur ses traces: à 17 ans seulement elle est enceinte d’un petit ami qu’elle n’aime pas et qui ne l’aime pas, bien qu’il l’épouserait pour ne pas fuir ses responsabilités. Maria refuse. „Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as, un autre t’aurait laissé tomber“, lui dit2il. Et parce que son patron ne lui donne pas la permission d’aller aux toilettes, elle démissionne, sans avoir de projet concret pour la suite.

Sans être antipathique, le personnage de Maria Alvarez est un mélange déconcertant de détermination et de fragilité. Elle claque toutes les portes dans l’espoir de trouver mieux, ne se contentant pas simplement de survivre.

Si „Maria Full of Grace“ fonctionne aussi bien et touche immédiatement son public, c’est parce que la protagoniste n’est pas „seulement“ une victime: elle a compris les mécanismes pervers qui font tourner le marché de la drogue et règlent la relation de dépendance entre le monde des riches et celui des pauvres. Faute de mieux, elle les accepte. Son attitude faussement lucide met en évidence le c®té absurde de la manoeuvre. Une jeune fille de 17 ans met en danger sa propre vie et celle de son enfant et pourquoi? Les uns s’enrichissent, les autres s’abrutissent, pour les mêmes raisons: oublier la misère ou l’impossibilité d’échapper à sa condition.

Marston a la sagesse de montrer que l’issue de ce cercle vicieux ne peut être qu’individuelle. Il n’insiste pas non plus sur le fait que ceux qui se font prendre sont le plus souvent ceux qui ont été exploité2e2s au départ. Une des mules est arrêtée et les spectateurs/trices devinent que la police n’essaiera pas de remonter jusqu’aux donneurs d’ordre.

La question des magouilles politiques ou des consommateurs est pourtant à peine évoquée. „Maria Full of Grace“ se concentre essentiellement sur son personnage principal et laisse au public le soin d’ouvrir davantage son champ de vision ou d’élargir la réflexion. Et de balayer enfin les conceptions schématiques et simplistes de certain2e2s politicien2ne2s en la matière.


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