CINEMA: Victoire rêve d’un autre monde

Sylvie Testud joue les tueuses en série dans „Victoire“, une comédie dramatique co-produite par Samsa Film.

Stéphanie Murat, fille de l’acteur-réalisateur Bernard Murat. (Photo: Thibaut Demeyer)

Victoire a toujours voulu être une sainte … Cette jeune femme de trente ans vit sa vie en écoutant les malheurs et le bonheur de son entourage. Mais personne ne prend la peine de lui prêter l’oreille. Petit à petit, elle s’engouffre dans un monde de frustrations où en définitive, tous les personnages qu’elle côtoie au quotidien la font „chier“. C’est qu’il ne faut pas la contrarier, la petite Victoire, autrement, elle passe à l’acte et se venge de façon sanglante.

L’histoire du premier film de l’actrice-scénariste-réalisatrice Stéphanie Murat est simple et directe. Je t’aime moi non plus, alors je te tue. Le tout est de savoir si le verbe et l’action de tuer sont à prendre au sens propre ou au sens figuré. Voilà la question principale que le film pose à son public. „A chaque projection, les avis diffèrent“, explique Murat, „certains croient dur comme fer que Victoire a bien tué toutes ces personnes et d’autres non.“ Dans sa vision à elle, la réalisatrice avait choisi de s’en tenir à la vision des meurtres métaphoriques, mais les spectateurs et spectatrices en ont décidé autrement.“ Plus je me rends compte que ce film ne m’appartient plus mais que c’est le public qui s’en est accaparé“, dit-elle.

La réalisatrice a bien compris que „Victoire“ doit pour l’essentiel s’intéresser à la dérive d’une jeune femme – c’est sur les épaules de l’actrice principale Sylvie Testud que repose le film et non pas sur une mise en scène trop sophistiquée qui pourrait éclipser les performances des acteurs et actrices. Testud se glisse avec beaucoup de générosité dans la peau de son personnage. Les scènes de la femme de ménage ou de l’esthéticienne sont à mourir de rire et prouvent que la jeune comédienne a plusieurs cordes à son arc. A côté de Testud, il y a Pierre Arditi, Mylène Demongeot, Philippe Khorsand et Aurore Clément, tous venus prêter main forte avec autant de talent les uns que les autres.

Leur participation a permis d’ajouter des noms importants à l’affiche de ce film, qui n’a pas tout de suite convaincu les financiers: „Pour avoir une telle affiche, il suffit de le vouloir“, explique Murat, „à force de leur avoir fait la cour pendant des mois, les vedettes ont fini par accepter.“

Si le scénario n’est pas toujours efficace, si l’histoire manque parfois de profondeur et d’émotion, on ne peut pas reprocher à la réalisatrice de ne pas diriger ses acteurs: c’est dans ce domaine qu’elle excelle véritablement. Certes, Testud n’a plus à faire ses preuves, mais si une actrice n’est pas dirigée convenablement, si le réalisateur n’explique pas convenablement à son équipe ce qu’il souhaite, même le talent et le savoir-faire ne suffisent pas. Quoi qu’il en soit, il est rare qu’un premier film soit parfait et à la vue de ce que Murat nous montre à travers „Victoire“, il y a fort à parier que son prochain projet – celui-ci est en cours d’écriture et devrait voir Charlotte Gainsbourg et Sylvie Testud en tête d’affiche – mettra tout le monde d’accord.


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