LUC BESSON: Un ange reste

Le grand retour de Luc Besson derrière la caméra laisse perplexe. De très belles images et de très bons acteurs: pourtant „Angel-A“ ne décolle pas.

Amélie Polar? L’ombre du doute plane sur les talents de Luc Besson. Ici: Jamel Debbouze et Rie Rasmussen sur le plateau de „Angel-A“.

Oui, ils lui ont fait payer le taxi. Taxi 1, Taxi 2 et Taxi 3. Ces dernières années, Luc Besson a inondé le marché du cinéma français avec tellement de navets, qu’il aurait mieux fait d’en faire une salade. Toutefois, traiter „Angel-A“ de „supernova dans la constellation de la lobotomie heureuse“, comme le fait le rédacteur de „chronic’art“, webmag parigot et ultra-branché, relève de la surenchère et peut-être même de la jalousie envers celui qui a régné presque sans partage – et sans réaliser un seul de ses films, se retranchant derrière le rôle de producteur – sur le cinéma français. Critiquer un film parce qu’on en est sorti déçu est une chose, le détruire parce qu’on déteste le réalisateur en est une autre.

D’un autre point de vue, pour un tournage top secret avec un casting de luxe – Jamel Debbouze est tout de même un des meilleurs comédiens français du moment – le résultat est plutôt décevant. A commencer par le noir et blanc: Besson a sûrement voulu donner une touche un peu plus „arty“ à son film, ce qui est, somme toute, réussi. Le film en prend une certaine graine d’irréalité, tout comme les décors. Paris est toujours vide, pas un seul touriste, pas une seule racaille. Le rêve, quoi. A l’exception notable de ceux à qui André (Jamel Debbouze, ce nom franco-français n’est pas tellement crédible) doit de l’argent. Car sinon, pas d’histoire. Et c’est là le hic. Si Besson arrive à faire de très belles images, l’histoire elle même est peu convaincante. Sans vouloir tout révéler, on peut dire qu’André est un petit malfrat au grand, grand coeur, qui a de grosses, grosses dettes auprès de gens très, très méchants, qui veulent tous sa peau. Désespéré il tente de se jeter du Pont Alexandre III – très kitsch avec ses statues dorées – et remarque à ses côtés une belle blonde (Rie Rasmussen) qui est sur le point de commettre la même chose. Il se révèle que la belle est „tombée du ciel“ – quoiqu’avec des jambes pareilles, sa tête doit bien se gratter aux nuages de temps en temps. Ce qui veut dire qu’en fin de compte, elle est un ange envoyé spécialement pour aider André à sortir de ses embrouilles…

Si on laisse de côté les méthodes peu catholiques qu’elle emploie pour remplir sa mission, l’intervention divine dans un récit filmique, est tout à fait au goût du jour.

En effet, il n’est presque pas sorti un seul film ces dernières années sans référence mystique. Surfant ainsi sur l’air du temps, dans une atmosphère entre conte de fées à la sauce Poulain et comédie américaine, Besson n’oublie pas de nous faire la morale. Ce qui est, de loin, l’aspect le plus lassant de „Angel-A“. La beauté intérieure et chi-chi et bla-bla, tous les contes de Disney nous racontent la même chose. Besson n’a décidément rien inventé. Il se contente de rassembler les meilleurs morceaux des films à succès des cinq dernières années. Un peu comme un agent de surface qui balaie des copeaux de bois dans une scierie, et qui garde les meilleurs morceaux pour les exposer sur son étagère. Ce qui est doublement dommage, car premièrement Besson ne peut pas ajouter de nouveau chef-d’oeuvre à son palmarès, et, deuxio, le premier grand rôle de Rie Rasmussen en souffre un peu. Surtout que pour un top model, elle n’a rien à envier à ses acolytes acteurs et actrices.


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