KEN LOACH: Le vent de la colère

Recompensé à Cannes, le dernier film de Ken Loach joue pourtant sur un nouveau registre. Si le film est toujours engagé, il est aussi une fiction historique.

Frustrés par la domination anglaise, les Irlandais se rallient pour défendre leur indépendance.

A Cannes, pour obtenir la récompense suprême, il faut à la fois du talent et de la patience. Tout tombe à point pour qui sait attendre, tel pourrait être l’adage idéal du Festival de Cannes. Vieux routard de la Croisette, le talentueux septuagénaire anglais Ken Loach est souvent monté sur le podium cannois, mais jamais sur la plus haute marche. Jusqu’en 2006, l’année de son film „The Wind that Shakes the Barley“, qui de surcroî t n’est pas son ´uvre la plus forte et la plus engagée.

Cinéaste engagé, Ken Loach ne mâche pas ses mots pour dénoncer l’oppression politique („Hidden Agenda“, „Land and Freedom“Ù) et l’injustice sociale („Raining Stones“, „My Name is Joe“Ù) à travers des personnages dépeints avec un réalisme cru. Avec ses idées politiques radicales et un sens aigu de la contestation, Ken Loach a l’art de faire des films sensibles et nuancés avec une profonde générosité humaine.

Irlande. 1920. Le traité d’indépendance, le résultat d’une victoire irlandaise, n’est en définitive qu’un miroir aux alouettes. La guerre civile déchire le pays en deux. Dans „The Wind that Shakes the Barley“, Ken Loach nous raconte l’histoire de deux frères: Teddy, engagé dans la résistance armée et Damien, étudiant en médecine qui va abandonner sa carrière pour rejoindre Teddy. Mais cette guerre civile va séparer les deux frères pour se terminer dans un bain de sang au nom de l’idéologie politique.

Histoire de mettre le spectateur dans l’ambiance dès le départ, Ken Loach ouvre son film sur une scène à la fois très violente et remplie de symboles. Nous sommes dans un petit village aux apparences tranquilles. Les Black and Tans, une troupe anglaise envoyée par bateaux entiers pour mater les velléités d’indépendance du peuple irlandais, débarquent. Ils alignent les hommes dos au mur pour vérifier leur identité. Parmi ces jeunes „révolutionnaires“, un seul refuse de prononcer son nom à l’anglaise et malgré les coups et les supplications de ses amis, il continue à s’entêter jusqu’à ce que les soldats anglais le battent à mort. Les hostilités ont commencé, Ken Loach plante le décor en l’espace d’une seule scène pas toujours très facile à supporter. Mais au-delà des images dures, il prévient que tous ses personnages sont prêts au pire pour atteindre leur but, celui de la liberté et de l’indépendance.

Avec „The Wind that Shakes the Barley“, Ken Loach rend aussi hommage à „Michael Collins“ de Neil Jordan avec Liam Neeson, en terminant son film là où l’histoire du personnage le plus emblématique de l’histoire de l’indépendance irlandaise débute. Mais peut-être parce que „The Wind that Shakes the Barley“ n’est pas tiré d’une histoire vraie, le spectateur reste moins impliqué que pour le film de Neil Jordan. Et c’est là que l’on peut s’interroger sur le choix du jury du dernier Festival de Cannes pour avoir octroyé la Palme d’or au réalisateur anglais. Ken Loach a débarqué sur la Croisette avec un film utile, au message fort, mais sans pour autant avoir atteint le sommet de son art

„The Wind that Shakes the Barley“ n’est certainement pas du vent dans le paysage cinématographique. Ce n’est pas non plus la meilleure ´uvre de Ken Loach, ni la plus percutante mais c’est tout simplement un film utile pour l’humanité.

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The Wind that Shakes the Barley,
à l’Utopia


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