ERAN KOLIRIN: Le désert chante

Moins un film politique qu’une douce comédie aux accents tatiesques : «La visite de la fanfare » est surtout un film sur l’humanité.

« Summertime, and the weather is easy », d’abord murmurés, puis chantés à haute voix, ces quelques lignes du classique de George Gershwin deviennent une sorte d’ensemble commun où peuvent se rencontrer visiteurs égyptiens et résidants israéliens dans un bled perdu quelque part dans le désert égyptien. Petit à petit, les habitants et les musiciens apprennent à mieux se connaître et même à s’aimer, ne serait-ce que pour une nuit.

L’idée de base de « La visite de la fanfare » d’Eran Kolirin est aussi simple que géniale : une fanfare de la police d’Alexandrie doit se rendre en Israël pour y inaugurer un centre culturel arabe. Mais les problèmes commencent dès leur descente de l’avion : personne ne vient à leur rencontre, on les a totalement oubliés. Ce qui ne fait qu’ajouter à la mauvaise humeur de leur dirigeant, le vieux Toufik, qui sait sa fanfare en danger, car sa hiérarchie ne veut plus les subventionner. Décidé de sortir ses hommes de cette situation pénible et surtout soucieux de ne pas perdre la face, le vieux chef veut à tout prix que ses hommes se rendent de leur propre initiative au lieu de leur concert. Malheureusement, leur compréhension de l’hébreu n’est pas tellement bonne et ils atterrissent dans un bled dont le nom sonne comme leur destination, mais ne l’est décidément pas. « Ici pas de centre culturel arabe, ni de culture israélienne, pas de culture du tout », leur apprend Dinah, la tenante d’un restaurant à laquelle les hommes s’adressent pour s’orienter. « La zone », acquiesce Papi, un jeune habitué du resto. Bloqués dans ce coin du désert, les hommes en uniforme bleu sont dépendants de l’hospitalité des habitants de cette petite bourgade où jamais, vraiment jamais, quelque chose ne se passe.

Le talent de Kolirin est de dépeindre cette rencontre en la découpant en autant de petites séquences qui auraient fait des courts-métrages. Et à la fin de chaque séquence, les deux côtés en tirent profit. La visite de ces hommes étranges fait évoluer des situations qui tournaient en rond depuis des années. Ainsi, le jeune Papi – très timide avec les filles – doit sa première conquête à l’entremise de Khaled qui lui donne très discrètement des tuyaux et procure en même temps au spectateur une des meilleures scènes d’humour sans paroles depuis Jacques Tati. Ou Toufik qui, sous les charmes de la voluptueuse Dinah, se confronte enfin à un épisode de son passé douloureux, sans jamais perdre sa contenance rigide et légèrement dépassée par le temps. Non, ces hommes ne sont pas « des représentants dignes de l’Egypte », mais des agents révélateurs qui font apparaître de vieilles blessures, mais participent aussi à leur propre guérison.

C’est cela qui est fondamentalement beau dans ce film : sans vraiment véhiculer un discours politique il démontre qu’une rencontre – même incongrue – apporte toujours beaucoup plus qu’une séparation. A voir.

« La visite de la fanfare », à l’Utopia


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