OLIVIER MARCHAL: Descente aux enfers

Il n’y a pas que les victimes de crimes odieux qui sont torturées. Les flics aussi souffrent, errent, désespèrent. Olivier Marchal évite de justesse de faire subir le même châtiment aux spectateurs.

Le dilemme du flic alcoolo: boire ou tirer, il faut choisir.

Nous nous sommes toujours posés cette question : quel genre de réalisateur de polar Olivier Marchal serait-il devenu s’il n’avait pas été flic dans une vie antérieure ? Ou autrement : quel genre de réalisateur tout court ? Nous vous l’accordons : ce n’est pas avec des « si on mettait Paris en bouteille » que l’on fait avancer le schmilblick. Il ne s’agit pas de mettre en doute le talent cinématographique de Marchal, loin de là. Par contre, dans le cas de Marchal, on aurait pu cette fois-ci s’attendre à autre chose. C’est le complexe du bon élève : l’enseignant lui reproche son travail médiocre, alors qu’il félicite le cancre de ses progrès pour le même travail.

MR73 n’est pas un mauvais film. Mais il n’entrera pas dans l’histoire comme son prédécesseur, « 36, quai des orfèvres ». Ainsi, le triptyque qui débuta avec « Gangsters » se clôt avec une réussite en demi-teinte. Certes, MR73 réussit à capter le spectateur : la photographie, blanchie, est belle et retransmet parfaitement l’âpreté du sujet. Les acteurs – la bande à Marchal : Daniel Auteuil, Guy Lecluyse, Catherine Marchal (sa femme à la ville), Gerald Laroche, Francis Renaud – s’en sortent bien, même s’ils se retrouvent parfois à forcer le trait. Marchal concède lui-même qu’il préfère travailler « en famille ». « C’est une manière de me protéger » explique-t-il. D’ailleurs, il se dit incapable de filmer un acteur qu’il n’aime pas, allergique qu’il est à ces divas caractérielles dont le monde du cinéma pullule et dont le « génie » pardonnerait un comportement odieux et capricieux. L’avantage de ces films produits par des réalisateurs aux acteurs fé-tiches est justement que la complicité entre eux se ressent et apporte une véritable plus-value.

D’ailleurs, c’est bien l’atmosphère, noire, très noire, déprimante même, que dégage le film, qui fait son atout majeur. Malheureusement, Marchal fait de cette vertu un vice. Car s’il sied à un polar des couleurs sombres, des flics désenchantés, alcooliques et au bord du gouffre enchaînant les cigarettes et pratiquant un vocabulaire de rue, l’impression que Marchal en fait trop ne nous lâche pas. Idem pour le symbolisme un peu trop forcé, comme ces pluies battantes lors des scènes de lutte. Soit dit en passant : grâce à ce film, on apprend que Marseille est la nouvelle capitale du Nord-pas-de-Calais tant le fada y fait pleuvoir des averses à vous noyer un pastis. Soit.

Le problème, c’est que MR73 ne se veut pas un polar classique. L’intrigue du film, l’enquête, ne constitue pas l’axe central de l’histoire. Non, ce film se conçoit comme une introspection psychologique du personnage central, le policier Schneider (Daniel Auteuil), ainsi que de certains seconds rôles comme le tueur Subra (Philippe Nahon), Justine (Olivia Bonamy), la fille de ses victimes, le ripoux Kovalsky (Francis Renaud), la commissaire amoureuse mais traîtresse (Catherine Marchal), etc… Malgré les quelques faiblesses énumérées plus haut, le pari est en parti tenu, notamment grâce au talent des interprètes et du réalisateur à communiquer la lourdeur omniprésente de l’atmosphère.

Heureusement d’ailleurs que cette face du film n’ait pas totalement échoué. Car les adeptes des intrigues criminelles seront déçus. MR73 développe deux histoires. La première, centrale, est l’enquête menée par Schneider sur des meurtres en séries particulièrement barbares. Avec ce qui lui reste d’instinct, malgré son état éthylique avancé, et bien qu’il soit écarté de l’affaire au profit de son jeune concurrent ripoux – et accessoirement amant de sa maîtresse – Schneider arrive assez rapidement à éclaircir l’affaire, en-semble avec son ami flic Matéo (Gerald Laroche), lui aussi un peu largué mais encore sur ses pattes. De l’autre, on suit la libération d’un tueur particulièrement cruel, qui, après 25 ans de taule obtient une remise de peine pour son comportement exemplaire et sa rédemption qu’il traduit par une foi qu’il dit avoir découverte en prison.

Le hic, c’est que la fille du couple qu’il avait sauvagement assassiné et dont elle avait été le témoin oculaire ne se remet pas de la libération du monstre. Elle se met alors en contact avec Schneider car c’était lui qui avait alors participé à incarcérer Subra. Si l’on comprend bien vite que les deux histoires font figure d’allégories de l’âme, il reste l’impression qu’elles ne se rejoignent que laborieusement. Mais c’est probablement à la fin du film que Marchal dérape dans le symbolisme exacerbé, lorsque l’accouchement de Justine fait écho à la conclusion meurtrière et vindicative de Schneider. On aura compris : la vie triomphe, malgré tout, de la mort. Comme quoi, un coeur tendre se cache bel et bien derrière la carapace d’ex-flic de Marchal.

A l`Utopolis.


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