RIAD SATTOUF: Les années biactol

« Les beaux gosses » est le premier film de Riad Sattouf. Le dessinateur de bandes dessinées y raconte avec un humour corrosif les déboires de deux adolescents complexés. Une chronique de l’âge ingrat sensible et pleine de justesse.

Espérons qu’il n’est pas en train de rêver là.

Les beaux gosses, ce sont Hervé (Vincent Lacoste), avec ses pulls sans forme et ses joues de hamster et son pote Camel (Anthony Sonigo), qui arbore fièrement une coupe de cheveux qui n’aurait pas déplu au Rudi Völler du mondial 1990. Les deux collégiens se prennent rateau après rateau auprès des filles, jusqu’au jour où Hervé se rend compte qu’il aurait ses chances avec la jolie Aurore (Alice Trémolières).

Pour son premier film, Riad Sattouf s’attaque à l’adolescence, son sujet de prédilection. Auteur de bandes dessinées, il a déjà maintes fois dépeint les affres de l’âge ingrat, que ce soit dans, « La vie secrète des jeunes », sa chronique hebdomadaire dans Charlie Hebdo, ou bien dans des albums comme « Manuel du puceau » et « Retour au collège ». L’on retrouve d’ailleurs cette patte BD dans le scénario. Les gags se succèdent plan après plan, parfois au détriment d’une histoire plus compacte. Mais le film ne saurait néanmoins être réduit aux scènes de branlette dans la chaussette, il apporte au contraire de l’originalité et de la fraîcheur à un sujet compassé.

Qu’y a-t-il en effet de plus conformiste que les films consacrés aux ados? Lorsqu’ils ne relaient pas les fantasmes de réalisateurs vieillissants (que l’on songe notamment à Lucchino Visconti ou Gus Van Sant), lorsqu’ils ne servent pas à diffuser la doxa romantique bien pensante pour lycéenne neurasthénique (genre « Twilight »), ils se contentent au moins de populariser auprès d’un public, il est vrai particulièrement réceptif, l’ambition de dillapider son argent de poche en produits dérivés.

Riad Sattouf a su trouver un ton à la fois plus personnel et plus profond. L’humour féroce de ce jeune trentenaire laisse entrevoir une sensibilité à fleur de peau. C’est le picotement de certaines blessures non refermées qui lui a probablement permis de reproduire si justement ces situations et ces états-d’âme qu’ont consciencieusement refoulés tous ceux qui ont survécu à leur puberté. Ce n’est toutefois pas de lui-même ou simplement d’une bande d’ados qu’il nous parle, mais d’un âge de la vie, qu’il parvient à ne pas simplement définir au travers d’un style de musique, de vêtements ou d’accessoires.

Le cadre du film a quelque chose d’intemporel. Quant à ses acteurs, ils n’ont rien à voir avec la chair à posters d’un « High School Musical ». Ils portent des appareils dentaires, ont une sale peaux et frôlent souvent dangereusement l’overdose hormonale. Dès la première scène, l’on en voit deux spécimens échanger un baiser particulièrement baveux, devant la grille du bahut. Le ballet des langues fait songer à deux limaces en plein coït tandis que sur la houle des jugulaires en mouvement flottent de sublimes boutons d’acnée, mûrs comme de belles tomates gorgées de sucs.

Au-delà de la succession de leurs blagues potaches et de leur apparente légèreté, « Les beaux gosses » nous rappellent que l’adolescence, ce n’est pas seulement la beauté et la fraîcheur, mais aussi les ravages traumatisants de la puberté. Que l’amour n’y est pas seulement un idéal altruiste et désintéressé mais aussi une façon de se positionner dans l’échelle sociale. Que la recherche d’individualité et d’originalité est un appel désespéré de reconnaissance et d’acceptation. Bref, que l’âge de l’innocence est aussi celui de la cruauté.

« Les beaux gosses », à l’Utopia.


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