WOODY ALLEN: Cheveux blancs, humour noir

Avec son dernier film « Whatever Works », Woody Allen revient à sa chère ville de New York. Une oeuvre charmante, sans plus, mais un formidable numéro de Larry David, l’interprète principal.

Mais où sont donc passés les chefs-d’oeuvre du passé new-yorkais ?

Boris Yelnikoff est un sexagénaire excentrique, bougeon et misanthrope. Depuis sa tentative de suicide ratée, ce génie autoproclamé – à ses dires il aurait failli obtenir un prix Nobel de physique – partage ses journées entre les cours d’échecs qu’il prodigue à de jeunes sous-doués et les terrasses de son quartier, où il déverse quotidiennement le flot sarcastique de ses idées noires. Un soir, en rentrant chez lui, il trouve une jeune fugueuse sur le pas de sa porte. D’abord agacé par l’intruse, il va peu à peu se laisser séduire.

Au cours de sa parenthèse européenne qui aura duré quatre ans, Woody Allen à prouvé sa capacité de renouvellement, nonobstant ses soixante-dix ans passés. De retour dans sa ville de New York, il nous livre un film plutôt classique pour ses critères, voire convenu. S’il n’a pas l’insignifiance d’un « Scoop » – après tout Londres n’a pas eu que des effets transcendants sur le maître new-yorkais – il n’est pas non plus de la classe de chefs-d’oeuvre comme « Annie Hall » ou « Manhattan ». L’on songe plutôt à ces petites comédies qu’il avait réalisées avant son départ pour le vieux monde, comme « Anything Else », film avec lequel il ne partage pas que cette désinvolture de titre.

Si « Whatever Works » ressemble tant à un retour aux sources, c’est parce qu’il s’agit d’un scénario écrit dans les années 1970 pour le comédien Zero Mostel, puis rangé au placard suite au décès de celui-ci. L’on retrouve dans le personnage principal, cet énième double cinématographique de lui-même, les éternelles angoisses de Woody Allen. Comme il sait si bien le faire, il recourt à la comédie, aux dialogues d’un humour finement ciselé, pour aborder le sujet le plus dérangeant qui soit, celui du sens de la vie face aux temps qui passe et à la mort inévitable.

Mais si l’on prend tant de plaisir à suivre ce vieil homme acariâtre qui s’accroche dur comme fer à ses rituels (comme chanter deux fois l’hymne américain en se lavant les mains pour éviter les microbes) et prend un malin plaisir à insulter ses élèves, c’est avant tout grâce à l’interprétation formidable de Larry David. Ce comédien est mieux connu en dehors des Etats-Unis en tant que scénariste et producteur des séries « Seinfeld » et, dernièrement, « Curb your Enthusiasm », dans laquelle il tient son propre rôle. David minaude, s’amuse, s’adresse aux spectateurs et projette à un rythme effréné ces phrases qui font mouche.

Dans la première partie, ce numéro d’acteur est équilibré par le délicieux personnage interprété par Evan Rachel Wood. Cette tête de linote fraîchement débarquée du plus profond de sa province apporte non seulement de la fraîcheur au physicien amer mais aussi un certain bon sens, qu’il n’aurait jamais cru pouvoir s’abaisser à prendre en considération. « Peut-être les clichés sont-ils parfois la façon la plus simple d’exprimer une pensée directe », concède-t-il même finalement.

La seconde partie est toutefois moins convaincante. Avec l’arrivée des parents de la jeune fille, des Républicains sudistes, croyants et réactionnaires, commence une comédie de moeurs à l’écriture un peu fainéante. Le slapstick se fait alors vaudeville et les situations prennent une tournure peu crédible. Certes le but de Woody Allen n’est pas de nous offrir une reproduction fidèle de la réalité, mais une fable dont la morale serait que, la vie étant courte, il ne faut jamais hésiter à se laisser surprendre et à accepter tous les plaisirs, tels qu’ils se présentent. Simplement l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu faire mieux.

« Whatever Works », à l’Utopia


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