MARK NEVELDINE: Brave New World

De prime abord, « Gamer » est déjà un spectacle de science-fiction à couper le souffle. Mais ce film écrit et réalisé par le tandem Neveldine/Taylor est aussi une critique acerbe et jouissive de notre société.

« Gamer » n’offre pas mal de perspectives.

« Dans un futur pas si lointain », le milliardaire Ken Castle devient l’homme le plus riche du monde grâce à « Slayers », un jeu vidéo bien plus que réaliste. En effet, les combattants qui s’y affrontent, jusqu’à la mort, sont des condamnés à la peine capitale auxquels l’on promet la libération, s’ils survivent à plus de trente parties. Aucun d’entre eux n’est toutefois parvenu à en dépasser dix, mis à part Kable, qui n’est plus qu’à trois combats de l’amnistie. Sauf que les dés sont pipés : Castle n’a aucun intérêt à voir sortir ce prisonnier qui en sait trop long sur lui.

Dire que les films de science-fiction sont une métaphore du présent, une fantasmagorie nourrie des peurs de l’époque, est un lieu commun. Les séries B américaines des années 1950 traduisaient l’angoisse d’une invasion communiste et d’une guerre nucléaire , « Blade Runner » ou la série des « Terminator » la peur d’une aliénation de l’homme par sa technologie, celle des « Robocop » la méfiance envers l’ingérence de plus en plus grande et potentiellement totalitaire des multinationales dans la vie publique. « Gamer » s’inscrit pleinement dans cette tradition. Mais comme tous les grands films du genre, il nous épargne les laborieuses démonstrations pseudo-philosophiques (à la « Matrix »). C’est par la cohérence du récit et par une réalisation époustouflante, qu’est transmis le message.

Ce dont il est question dans « Gamer », c’est de la dictature de l’intérêt à court terme, de la cessation volontaire de liberté. Dans la civilisation que nous montrent Mark Neveldine et Brian Taylor, toutes les relations interhumaines sont réglées par contrat ? non pas le « Contrat social » et ses droits naturels mais le contrat commercial avec ses « clauses limitatives de responsabilité ». Si les autorités rendent licite un spectacle aussi avilissant que « Slayers », c’est parce qu’une partie des énormes profits générés va au financement du système pénitencier ; si les détenus y participent « volontairement », c’est parce qu’ils sont de toute manière voués à la mort et que ce jeu leur offre au moins une perspective, même mince, d’y échapper. Enfin, si le public accepte le principe du jeu, c’est parce qu’il se contente de savoir que les parias qui s’entretuent ont signé un contrat et que l’Etat lui-même a accepté le marché. Pourquoi bouder son plaisir dans ces conditions ?

Pour mettre en image les dérives de cette société, qui n’est que l’exagération de la nôtre, le tandem américain a simplement accentué cet écran d’hyper-information et de spectacle à outrance qui nous aveugle quotidiennement. Leur narration éclatée s’articule autour de clips, de pop-ups et de flash d’informations. Les scènes de combat sont rythmées par un déploiement outrancier de musique et d’effets spéciaux. Ils trouvent même le moyen d’insérer de la danse et de la pantomime dans une scène de comédie musicale particulièrement inattendue. Le résultat est un film animé d’une jouissance créative qui n’est pas sans rappeler les tableaux apocalyptiques et grotesques d’un Jérôme Bosch.

Du côté des acteurs, Michael C. Hall, que les fans de « Six Feet Under » ont connu dans le rôle de Nate Fisher, fait une irruption remarquable sur grand écran, dans le rôle de Ken Castle. Gerard Butler, que l’on avait vu barbu et en slip dans « 300 » jouant Léonidas, impressionne lui par sa présence physique.

Gamer, à l’Utopolis et au Ciné Belval.


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