LE LUXEMBOURG EN GUERRE: Redouter, espérer, laisser faire …

Une impression de déjà-vu s’installe. Bavure ou propagande? Guerre absurde et inhumaine ou nécessaire et juste? Les discussions ressemblent à celles de la guerre du Kosovo.

Cette nuit encore, des avions américains ont continué les bombardements de l’Afghanistan.“ La radio, la télé, les journaux nous apportent les nouvelles du front jour après jour. Mardi dernier, la Chambre des député-e-s a consacré une heure d’actualité à la situation en Afghanistan.

Nous redoutons que …

L’heure d’actualité avait été demandée par les Verts, et le député François Bausch s’est attaqué d’entrée à la machine de propagande remplaçant une véritable information. Il a également demandé plus de justice Nord-Sud, et une solution en Palestine. En ce qui concerne l’attitude des Verts par rapport à la guerre, il a indiqué „se poser la question qu’est-ce qu’on bombardait“, mais est resté assez flou. Interrogé par le woxx, François Bausch a dit: „Nous ne pensons pas qu’on puisse combattre les terroristes avec un groupe de boy-scouts. Mais vu la tournure qu’ont prise les choses, nous réclamons un arrêt des bombardements.“

Ben Fayot, du POSL, sans aller aussi loin, a avancé des critiques semblables. „Je redoute que la mission humanitaire ne soit distanciée par la mission militaire“, a-t-il dit. Il a proposé une motion demandant entre autres l’établissement de couloirs humanitaires pour acheminer une aide aux populations civiles afghanes. Après discussion, une version édulcorée de cette motion a été adoptée, qui ne contenait plus cette revendication. La position du POSL, devenu parti d’opposition, se distingue de celle pendant la guerre du Kosovo: le ministre des affaires étrangères Jacques Poos en particulier avait joué les va-t-en-guerre, bien plus d’ailleurs que ses successeur-e-s d’aujourd’hui.

Le champion de la critique de la guerre a été Aloyse Bisdorff de „la gauche“. Vu les prises de position de son parti cela n’a pas constitué une surprise. Plus surprenant, concernant la „lutte antiterroriste“ en Russie et en Chine, il a repris sans fausse nostalgie la critique des Verts et du POSL – tout en citant aussi la Turquie et Israël: „De drôles d’alliances se sont construites avec des pays qui ne cherchent qu’à régler des problèmes internes.“

Espérons que …

Du côté de la majorité, le son de cloche était différent. Claude Wiseler du PCS s’est montré convaincu du bien-fondé des bombardements. Il a appelé à „aider les réfugiés – dès que possible“. Concernant les tensions Nord-Sud, il a expliqué que: „Oui, il faut combattre les inégalités et les injustices. Mais on n’en est pas encore là.“ D’abord, il faut mener la „guerre d’autodéfense“.

Jean-Paul Rippinger (DP) n’a pas été en reste. Il a qualifié la guerre de „légitime défense du monde libre“. Comme Gast Gibéryen (ADR) il s’est dit convaincu qu’il n’y avait pas d’autre choix, tout en espérant que les actions militaires soient terminées au plus vite. Il s’est également félicité „du rapprochement entre des pays jusqu’ici méfiants“ – le DP serait-il en train de faire les yeux doux aux ex-communistes de Russie et de Chine?

Enfin Charles Goerens s’est exprimé au nom du gouvernement. Lors de la guerre du Kosovo, avant d’être ministre, il avait été en faveur de l’action de l’OTAN, mais après la guerre, il a pris ses distances, surtout en ce qui concerne la manière dont l’action avait été menée. Mardi dernier il a justifié les attaques aériennes en citant le porte-parole du secrétaire général de l’ONU. Il s’est dit préoccupé par la situation des réfugié-e-s: „Notre espoir est qu’il y ait un dénouement rapide.“

Vive la propagande?

„Mais“, a-t-il expliqué, „la catastrophe humanitaire existait déjà avant le 11 septembre. Dans nos projets d’aide, nous nous sommes heurtés à des limites. Même avant, je n’aurais pas encouragé du personnel humanitaire à aller en Afghanistan.“ Comme s’il voulait suggérer que, vu la nature du régime et la situation, de toute façon, il fallait bombarder ce pays tôt ou tard, afin de soulager ses habitant-e-s …

„Le travail avec les talibans était très difficile, surtout en ce qui concerne les femmes“, nous avait expliqué Pascal Rigaldies, directeur des programmes de Handicap International en Afghanistan, lors de son passage au Luxembourg. Néanmoins l’organisation a pu établir un grand atelier à Qandahar, fabricant chaque mois 4.000 appareillages d’aide pour les victimes des mines anti-personnes. Son analyse est plus nuancée que celle du ministre: „Les talibans ont apporté une certaine stabilité dans les provinces du Sud, même si c’est sous forme d’une chape de plomb. Il faut beaucoup discuter, négocier. Mais, parmi eux, il y a aussi des gens raisonnables.“ Charles Goerens serait-il en train de jouer son rôle de „ministre de la guerre“ en appliquant deux principes élémentaires de propagande de guerre: diaboliser l’ennemi et présenter la guerre comme quelque chose d’inévitable?

Dans son rôle de ministre de la coopération, il a indiqué à la Chambre que les préparations pour une aide humanitaire d’après-guerre étaient en cours. Au-delà viendra la phase de la reconstruction. Il est vrai que, guerre après guerre, une certaine routine doit s’installer du côté des administrations et des ONG.

Leçons ou laissons?

Tirer des leçons des guerres précédentes? Un rapport du Comité politique de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN l’a essayé pour la guerre du Kosovo. Il estime que la structure politique de l’OTAN a été court-circuitée par les négociations de Rambouillet. Il critique aussi que l’OTAN s’est privée de l’option de la déescalation, alors que „toutes les options non-militaires n’étaient peut-être pas encore épuisées.“

Cependant, un autre rapport, celui du Comité de défense, a été mieux entendu. On y explique que le succès de la guerre contre la Yougoslavie est venu des attaques „stratégiques“, c’est-à-dire celles contre les infrastructures civiles. Il regrette que les mécanismes de décision de l’OTAN aient freiné ceux qui souhaitaient bombarder encore plus de telles cibles afin d’augmenter la pression sur Milosevic. On comprend pourquoi, cette fois-ci, les Américains font cavalier seul. Au vu de cela, la motion du POSL – adoptée par la Chambre – semble naïve: elle demande que l’intervention soit „strictement ciblée contre les bases terroristes d’al-Qaida ainsi que les installations militaires du régime des talibans“.

Charles Goerens, alors qu’il essayait d’expliquer les lenteurs passées dans le développement d’une politique étrangère européenne, a dit: „Il est plus facile d’être intelligent après la guerre.“ Quel jeu de dupes!


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