HOMOPARENTALITÉ: Inepties et
naphtaline

La Commission nationale d’éthique s’oppose à l’homoparentalité. L’occasion pour certains conservateurs de recycler une idéologie rance vernie d’une licence scientifique.

Difficile d’en croire ses oreilles, lors de la présentation de l’avis de la Commission nationale d’éthique (CNE) sur l’acouchement anonyme et l’adoption, cette semaine. Son président, le philosophe Paul Kremer, ne venait-il pas (non pas en son nom propre, il est vrai) de justifier l’avis défavorable de la commission quant à l’homoparentalité en utilisant des termes tels que « référent masculin » et « référent féminin » ? Alors même que le CSV envisage quelques ouvertures en la matière, et qu’un nombre croissant de citoyens, si ce n’est la majorité d’entre eux, se fait à l’idée que deux personnes du même sexe peuvent tout aussi bien – ou mal – élever des enfants qu’un couple hétérosexuel, voilà que les « sages » estiment, au nom du « principe de précaution », qu’il faudrait retarder, à l’heure actuelle, cette réforme. Evidemment, la CNE a pris soin de justifier son avis du vernis médico-scientifique. Il s’agit en l’occurrence de la corporation des pédopsychiatres.

L’avis de ces derniers, sur lequel s’appuie la CNE – quasi unanime, selon les dires de son président – est en partie fondé sur l’idée que la science ne dispose pas du « recul nécessaire » pour pouvoir évaluer les effets d’une éducation homoparentale sur une personne arrivée à l’âge adulte. Outre l’aspect pernicieux que pose la supposition qu’une « overdose » d’homosexualité (puisque c’est de cela qu’il s’agit) pourrait nuire à des enfants, l’on peut légitimement mettre en doute cette argumentation qui est loin de faire l’unanimité au sein même du monde scientifique. Et ce depuis belle lurette. De deux choses l’une : ou bien la très grande majorité des pédopsychiatres luxembourgeois est hostile à l’homoparentalité, ou bien la CNE a collecté ces avis de manière partiale. Dans les deux cas, cela donne une image assez médiocre de la manière dont cette réflexion a été menée.

Pourtant, il existe un grand nombre de pays où l’homoparentalité n’a plus rien d’extraordinaire : l’Espagne, la Belgique, la Norvège, le Danemark ou encore l’Afrique du Sud, certains Etats des USA ou la plupart des provinces canadiennes ainsi que l’Australie. Mais peut-être ces pays n’ont-ils pas la chance de jouir d’esprits aussi brillants que le Luxembourg. Honnêtement : s’il est évidemment absurde de nier toute différence biologique entre un homme et une femme, il est tout aussi absurde de s’accrocher à cette chimère selon laquelle l’équilibre psychologique d’un enfant serait mis en cause s’il ne disposait pas de ces fameux « référents ». Ces référents masculin et féminin permettraient à l’enfant, selon l’avis de la CNE, « de structurer sa personnalité et son identité en tant qu’être sexué ». A lires ces inepties, on se demande quelle est l’arrière-pensée, la peur cachée, de nos professionnels de l’éthique : s’agirait-il peut-être de craindre que ces enfants élevés par des homosexuel-
le-s puissent, à leur tour, le devenir ? La réponse est pourtant simple : l’homosexualité n’est pas une maladie transmissible. Que le CNE, et tout particulièrement certains de ses membres proches ou salariés par l’Eglise catholique se rassurent : depuis des décennies déjà, des enfants ont été élevés par des couples homosexuels et la science n’a jamais pu prouver qu’ils en aient subi des dommages.

Nous ne sommes évidemment pas qualifiés pour juger de la compétence des membres de la CNE. Par contre, il convient de s’interroger sur cette mode instaurant des « comités de sages », comme si l’éthique devait supplanter le politique. Comme si l’éthique avait besoin d’experts en la matière. Comme si des médecins avaient une quelconque compétence supplémentaire en matière de sujets de société. Il est assez grave que la CNE s’appuie sur l’avis orienté (même les médecins ont des opinions politiques et idéologiques !) de pédopsychiatres, comme s’il s’agissait d’une vérité scientifique absolue. D’autant plus que dans ce cas précis, l’avis a une forte odeur de naphtaline. Et avec tout le respect que l’on doit aux membres de la CNE, il faut leur rappeler qu’ils ne doivent pas abuser de leur statut moral pour raconter n’importe quoi.

 


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