CIGARETTE: Un débat fumeux

Avec le « pour ou contre la cigarette dans les bars », l’on assiste à un débat ou les égoïsmes des deux bords rivalisent en inanités sur un sujet d’une importance toute secondaire.

Il est des débats dont l’on pourrait bien se passer. Pour deux raisons : parce que les deux camps avancent des arguments biaisés et parce que l’importance du sujet débattu est inversement proportionnel à sa couverture médiatique. Il s’agit bien évidemment du triste débat sur l’interdiction de fumer dans les lieux dits publics (il s’agit en fait des cafés et des discothèques et non pas des écoles ou des bureaux de poste).

Le face-à-face entre le ministre de la santé, Mars Di Bartolomeo et le directeur de Heintz van Landewyck, organisé par nos confrères et consoeurs de la « Revue », était caractéristique de la misère intellectuelle dans laquelle ce débat patauge. D’un côté, un ministre qui ne fume plus (tout comme l’auteur de ces lignes qui écrit donc en toute connaissance de cause), converti au fondamentalisme antitabac et à l’hygiénisme corporel et qui rêve d’un monde sans drogues. De l’autre, une personne qui gagne bien sa vie en vendant ses cochonneries goudronnées et qui résume la « liberté » à celle de pouvoir fumer.

Le tabac est une substance parmi d’autres qui nuit à la santé. Ceci est indéniable et tout ancien fumeur en ressentira la différence. Aussi, le débat sur l’interdiction de fumer dans les cafés et discothèques serait bien plus aisé s’il ne concernait que les fumeurs qui ont choisi de fumer. Après tout, libre à chacun de disposer de sa santé comme il l’entend. Or, depuis quelques années est apparu un concept à la mode : le tabagisme passif. Le débat se complique : il ne s’agit plus de sermonner les fumeurs parce qu’ils se nuisent, mais, pire, de bien les culpabiliser, leur faisant entendre qu’ils contribuent à la mort de leur entourage qui fume « passivement ». Et donc, le personnel des bars et des boîtes exposerait sa santé aux risques du tabagisme actif de sa criminelle clientèle. L’on nous répètera : « On a bien interdit l’amiante ! ».

Certes, mais la différence est de taille. Contrairement au tabagisme passif, le danger de l’inhalation de l’amiante n’est pas contesté. Car aux vues de l’incertitude de la communauté scientifique autour de ce sujet, il est légitime de se demander si le tabagisme passif ne serait qu’une invention, qu’une vaste escroquerie. En tout cas, c’est ce que prétendent de très sérieux spécialistes comme le pneumologue et ancien doyen de la faculté Necker-Enfants malades, Philippe Even, connu pour son engagement contre l’industrie pharmaceutique.

Malheureusement, ce gouvernement a fait le choix de mener une politique primitive en matière de drogues, toutes les drogues, qu’elles soient légales ou pas : les interdire au seul motif qu’elles sont nuisibles à la santé. En limitant la politique des drogues à son volet sanitaire et pénal, le gouvernement ne résout aucun problème lié aux dépendances. En fait, dans ce débat, il vaut mieux rester à équidistance aussi bien du lobby tabagique, pour lequel nous n’éprouvons aucune sympathie particulière, que du « lobby » hygiéniste. Il ne s’agit évidemment pas de crier au fascisme à la moindre interdiction. Il ne s’agit pas non plus de clouer au pilori des militant-e-s engagé-e-s dans la lutte contre le cancer.

Par contre, il ne faut pas non plus prendre trop à la légère une accumulation d’interdits qui émanent d’un inquiétant « air du temps », qui combine culte de la performance (voir le « hype » engendré par les marathons) et refoulement des aspérités de l’âme humaine. Car derrière l’idéologie de l’hygiène physique, se cache, bien plus inquiétante, celle de l’hygiénisme social. Le bistrot reste un lieu privilégié de liens sociaux et de convivialité. Et il nous semble qu’à trop vouloir réguler et stériliser ces lieux de convivialité, ce sont les liens sociaux que l’on tente d’atomiser. Mais dans une situation de crise telle que celle que nous vivons, où l’incertitude règne, les solutions faciles et bêtes ont le vent en poupe. L’interdit et l’autoritarisme sont des armes de prédilection des gouvernements, surtout lorsqu’ils ne maîtrisent plus grand-chose.?


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