CONVENTION EUROPEENNE: Un pari sur l’avenir

von | 28.12.2001

Le dĂ©putĂ© socialiste Ben Fayot sera l’un des reprĂ©sentants du Parlement luxembourgeois au sein de la nouvelle Convention europĂ©enne, qui fonctionne selon un modèle que l’on espère plus dĂ©mocratique.

(dessin: Guy Stoos 2001)

woxx: Quelle est votre opinion sur la nomination controversĂ©e de ValĂ©ry Giscard d’Estaing, lors du Sommet de Laeken, Ă  la prĂ©sidence de la Convention?

Ben Fayot: Au Parlement luxembourgeois, lors du dĂ©bat sur Laeken, j’avais incitĂ© le gouvernement Ă  dĂ©fendre Jacques Delors comme candidat. Vu l’engagement au niveau europĂ©en que je lui connais, je l’aurais bien vu Ă  ce poste. Mais, comme les chefs d’Etat ont pris cette dĂ©cision, il n’y a plus beaucoup de sens Ă  en dĂ©battre. En tout cas, les gouvernements europĂ©ens ont solidement encadrĂ© cette Convention. Au prĂ©sidium on trouve aussi des reprĂ©sentants des gouvernements de la TroĂŻka. On peut y voir la volontĂ© des gouvernements de garder un oeil vigilant sur cette Convention, mais l’on peut aussi apprĂ©cier que, pour une fois, parlementaires et reprĂ©sentants d’Etat forment un certain Ă©quilibre.

Cette Convention devra prĂ©parer la ConfĂ©rence intergouvernementale (CIG) de 2004. En quoi consistent ces prĂ©paratifs? Certain-e-s attendent la rĂ©forme des institutions europĂ©ennes, d’autres dĂ©sirent un travail plus global autour de l’avenir de l’Europe, d’une Constitution europĂ©enne, …

Le mandat donnĂ© par la DĂ©claration de Laeken est très vaste et dĂ©passe les points dĂ©finis par la DĂ©claration de Nice, par exemple: quel est le rĂ´le des Parlements nationaux sur le plan europĂ©en? Faut-il Ă©tablir une liste prĂ©cise des compĂ©tences de l’Union? On retrouve d’autres questions dans la „DĂ©claration de Laeken“. Je suppose que la Convention est Ă©galement invitĂ©e Ă  rĂ©pondre Ă  celles-lĂ . Ce Ă  quoi s’ajoute la dĂ©finition des buts Ă  atteindre par l’Union europĂ©enne Ă  l’avenir. Ce mandat englobe donc beaucoup de choses.

Vous posez la question de la Constitution. Il est clair qu’il existe une tendance relativement forte, au niveau europĂ©en, vers une sorte de traitĂ© simplifiĂ© que l’on appelle Constitution, ou bien texte fondamental de nature constitutionnelle, c’est selon. Je pense dĂ©celer un certain consensus qu’un tel texte aiderait Ă  rapprocher l’Union des citoyens. Le texte lui-mĂŞme serait plutĂ´t une formalitĂ©. Ce qui est moins formel, c’est la crĂ©ation d’une Constitution d’un Etat europĂ©en fĂ©dĂ©ral. A ce niveau-lĂ , je vois très peu de possibilitĂ©s de consensus pour le moment.

Au sujet des possibilitĂ©s de consensus, vous avez, dans le passĂ©, souvent averti de ne pas constituer une assemblĂ©e plĂ©thorique avec cette Convention. Vous serez finalement une centaine. N’est-ce pas dĂ©jĂ  trop?

Mon expĂ©rience au sein de la première Convention pour l’Ă©laboration de la Charte des droits fondamentaux m’a montrĂ© que ce travail est du genre intensif. Il ne suffit pas de faire des discours. Les diffĂ©rents membres doivent prĂ©parer des textes sur base desquels ils pourront discuter. Pour la première Convention, nous Ă©tions 62, maintenant nous serons plus de cent. Ce sera donc un travail difficile Ă  organiser.

On retrouve ici une problématique bien européenne: plus il y a de pays membres, plus difficile sera la discussion.

NĂ©anmoins, ce qui me rend plus optimiste, c’est que je suppose que la Convention ne se rĂ©unira pas uniquement en assemblĂ©e plĂ©nière. Il y aura aussi un travail qui se fera au sein des diffĂ©rents groupes: parlementaires nationaux, dĂ©putĂ©s europĂ©ens et reprĂ©sentants d’Etats. On peut comparer l’envergure de ces groupes Ă  celle des Commissions du Parlement europĂ©en. De vĂ©ritables discussions, qui seront alors rassemblĂ©es par le plĂ©num, seront donc possibles. Bien sĂ»r, le rĂ´le du prĂ©sidium sera primordial par après, puisqu’il devra filtrer Ă  partir des diffĂ©rentes discussions les Ă©lĂ©ments grâce auxquels des textes communs, qu’il s’agira alors de rediscuter lors de nouvelles rĂ©unions, pourront ĂŞtre rĂ©alisĂ©s. C’est lĂ  un travail laborieux, qui consiste Ă  dĂ©finir les limites d’un consensus. De plus, toutes ces discussions seront publiques, ce qui est très important, car dans ces conditions, les dĂ©clarations faites ont une plus grande valeur et on ne peut plus changer d’avis aussi facilement que derrière des portes fermĂ©es.

Reste que, lors de la CIG en 2004, les reprĂ©sentant-e-s d’Etats choisiront les rĂ©formes qu’ils/elles veulent bien choisir dans la masse de travail rĂ©alisĂ©e par la Convention. Il n’y a pas de contraintes.

VoilĂ  pourquoi j’ai toujours mis l’accent sur la nĂ©cessitĂ© que les reprĂ©sentants des gouvernements soient membres de la Convention. Par ce fait, les reprĂ©sentants vont donc assister Ă  l’Ă©volution mĂŞme du travail et pourront intervenir très tĂ´t pour prĂ©ciser ce que leurs gouvernements sont prĂŞts Ă  faire ou non. C’est Ă  ce niveau que se situe la dynamique spĂ©ciale de cette Convention. A mon avis, il est très improbable qu’un texte – auquel aboutiront reprĂ©sentants des gouvernements, parlementaires nationaux et europĂ©ens, reprĂ©sentants de la Commission europĂ©enne et le prĂ©sidium de la Convention, qui a Ă©galement un certain poids politique – devienne un bout de papier thĂ©orique, un exercice en l’air qui ne liera en rien la ConfĂ©rence intergouvernementale. Le processus dĂ©mocratique mis en place, grâce Ă  la crĂ©ation de la Convention, deviendrait alors peu crĂ©dible.

Mais l’on voit que de telles discussions n’aboutissent rĂ©gulièrement qu’Ă  des disputes au sujet de formulations de phrases, qui seront reformulĂ©es pour permettre un consensus qui n’engage Ă  plus grand chose …

En effet, la Convention ne peut pas voter ses propositions, mais est obligĂ©e de trouver un consensus . L’important, c’est qu’Ă  partir des positions diffĂ©rentes, l’on obtienne un texte qui tient la route. Et il reste encore Ă  voir si cette prochaine Convention rĂ©ussira Ă  Ă©viter ce danger du plus petit commun dĂ©nominateur.

Une rĂ©forme institutionnelle de l’Europe ne permettrait-elle pas une meilleure gestion de ce danger?

Il est Ă©vident que les pays peuvent de moins en moins revendiquer d’un cĂ´tĂ©, par exemple, une politique d’asile et d’immigration commune et de l’autre la sauvegarde totale de leur souverainetĂ©. Avec, Ă  l’avenir, 25 pays membres et plus, on ne pourra pas discuter de tels problèmes qu’Ă  un niveau intergouvernemental strict. Cela fonctionne très mal, on le voit dĂ©jĂ  actuellement.

Au niveau de la politique extĂ©rieure aussi, l’on entend souvent les gens se demander: Mais que fait l’Europe? Eh bien, l’Europe ne peut pas faire grand-chose, puisque c’est lĂ  une matière oĂą les diffĂ©rents Etats restent souverains. Si l’on souhaite maintenant que l’Europe, en tant qu’Union, ait une influence politique plus grande vers l’extĂ©rieur, il faudra discuter des problèmes qui se posent et, Ă  partir des conclusions politiques de fond que l’on fera alors, rĂ©former les institutions en consĂ©quence. Et non pas l’inverse, comme le TraitĂ© de Nice le laissait craindre.

Le Premier ministre luxembourgeois semble plutĂ´t sceptique quant aux bienfaits possibles de cette Convention.

Je ne sais plus les formulations exactes de Monsieur Juncker. Je pense qu’il a surtout averti que, si la Convention ne rĂ©ussit pas son mandat, le travail de la CIG n’en deviendra que plus difficile. Il a bien raison. Pour cela il faudra aussi Ă©viter de surcharger la Convention.

Cette Convention reprĂ©sente un nouveau modèle pour parler des objectifs politiques europĂ©ens. Un modèle que nous espĂ©rons ĂŞtre plus dĂ©mocratique, plus transparent, plus proche du citoyen. Mais cela reste un pari sur l’avenir.

Interview: Germain Kerschen

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