À quelques jours de la quadripartite santé, les syndicats dénoncent la volonté de l’Association des médecins et médecins dentistes (AMMD) d’imposer une marchandisation du système de santé, avec la complicité du gouvernement. Seules certitudes : les médecins refusent de signer une nouvelle convention avec la CNS, et nul ne sait comment les soins seront remboursés après le 1er novembre.

Les syndicats accusent l’AMMD et le gouvernement de vouloir transformer les soins de santé en simple marchandise. (Photo : Henrikas Mackevicius /Pexels)
L’AMMD et Martine Deprez seront-ils les fossoyeurs du système de santé ? L’Union des syndicats le soupçonne fortement, alors que l’AMMD refuse de signer la nouvelle convention avec la CNS pour fixer les tarifs des prestations médicales. Pour sa part, la ministre de la Santé louvoie sur ses intentions, tout en négociant discrètement avec l’AMMD. Cette crise intervient alors que les comptes de l’assurance maladie sont dans le rouge, les remboursements dépassant les recettes.
Pour rappel, en octobre 2025, l’AMMD résiliait la convention la liant à la CNS, estimant que la revalorisation de la rémunération des médecins était insuffisante. Comme le prévoit le Code de la sécurité sociale, la convention actuelle reste en vigueur jusqu’au 31 octobre prochain, tandis que la CNS et l’AMMD ont engagé six mois de négociations en vue d’aboutir à une nouvelle mouture. Celle-ci a été finalisée ces jours-ci, mais, contrairement au conseil d’administration de la CNS, l’AMMD refuse de la signer, arguant que toutes ses revendications ne sont pas satisfaites. Une phase de médiation va débuter entre les médecins et la sécu, mais personne ne croit sérieusement à ses chances d’aboutir. In fine, il reviendrait au gouvernement de fixer les nouvelles modalités de remboursement des soins qui entreront en vigueur à compter du 1er novembre prochain.
Et c’est là que les syndicats voient anguille sous roche, comme ils l’ont fait savoir ce 28 avril au cours d’une conférence de presse. Une nouvelle fois, l’OGBL et le LCGB font le constat du manque de clarté du gouvernement, qui ne dit pas dans quelle mesure il va satisfaire aux revendications des médecins. En tout cas, le couperet du 1er novembre approche, et « les patients sont pris en otage par des médecins et un gouvernement qui jouent la montre », estime Christophe Knebeler, vice-président de l’Union des syndicats et membre du comité de direction du LCGB. Les syndicats mettent en garde contre une marchandisation de la santé, qui aboutirait à une médecine à deux vitesses, où les soins de qualité seraient réservés à ceux et celles qui auront les moyens de les payer. Ce serait la fin du système de santé solidaire tel que nous le connaissons, alertent-ils.
Sanctionner les malades
Leur soupçon se fonde sur les déclarations de l’AMMD et de son président, Chris Roller. L’association, qui représente moins de 40 % des médecins du pays, tente de faire le forcing sur la création de sociétés de médecins leur permettant de se concentrer sur les actes les plus rentables en délaissant les soins longs et coûteux. Une autre revendication porte sur les soins ambulatoires, dont tout le monde reconnaît l’impératif développement. Mais l’AMMD exige que « les cabinets et structures extrahospitalières puissent bénéficier d’un cadre de financement comparable à celui des hôpitaux, avec des forfaits couvrant les frais de matériel, personnel et infrastructure », selon un communiqué diffusé par l’association au lendemain de la conférence de presse des syndicats. Il reviendrait donc aux cotisant·es de financer l’équipement nécessaire aux médecins pour réaliser leurs profits. Parmi d’autres demandes, le Dr Chris Roller veut aussi être reçu par le premier ministre avant d’envisager une nouvelle convention avec la CNS. Mais ces revendications sont en réalité sans rapport avec le conventionnement, dont l’AMMD se sert en effet comme outil de pression, ainsi que le dénonce l’Union des syndicats.
Pour faire face aux déficits de la sécu, qui s’enchaînent depuis 2024, l’AMMD préconise des solutions dont les patient·es seraient les perdant·es : limiter les prestations de la CNS à un strict minimum, recourir davantage aux assurances santé privées et réduire les prestations en les accompagnant de sanctions contre les malades, en introduisant notamment un jour de carence pour les arrêts maladie. Une palette regroupant toutes les couleurs de la libéralisation dont le gouvernement Frieden est friand. Ce mercredi 6 mai, l’État, la CNS, les syndicats et l’AMMD se retrouvent pour la quadripartite santé du printemps. Ils se pencheront sur les comptes de la sécu, avec l’épée de Damoclès que font peser les médecins sur l’avenir du système de santé.

