JOANN SFAR: Gainsbourg se fait sa gueule

von | 04.02.2010

Avec son premier film, Joann Sfar, dessinateur de bande dessinée prolifique (Le chat du Rabbin, Donjon), nous raconte la vie mouvementée de l’auteur-compositeur mythique Serge Gainsbourg.

C’est un poète et il vous emmmerde.

Plutôt que de nous servir un biopic « traditionnel », Joann Sfar tente de partager sa vision personnelle de celui qu’il désigne comme étant son idole. Il en résulte un conte fantastique dans lequel se mélangent réalité et fiction, faits avérés et petits mensonges.

L’histoire nous plonge d’abord dans l’enfance de Lucien Ginsburg, fils de parents juifs d’origine russe, qui évolue dans le climat hostile du Paris sous l’occupation nazie. Avec un père pianiste et une mère chanteuse, Lucien est baigné dans la musique dès le plus jeune âge. Malgré cela il pense d’abord devenir peintre et s’imagine même de laisser tomber la musique – trop réliée à l’image de son père. Son imaginaire très riche, son petit côté séducteur ainsi que son habilité avec les mots nous laissent déjà entrevoir le potentiel exceptionnel de ce garçon. Jeune adulte, Lucien vaque toujours à ses ambitions de peintre, avant de faire les rencontres décisives qui vont signer le début de la carrière … qu’on lui connaît.

Néanmoins, l’imaginaire de Gainsbourg devient moins présent en deuxième partie du film et le récit gagne en prévisibilité. Les rencontres s’enchaînent, ponctuées par les chansons correspondantes. Pourtant, la magie du mythe reste omniprésente – surtout grâce aux artifices que Sfar utilise pour expliquer Gainsbourg. Parmi celles-ci, sa « gueule » – en d’autres mots une immense caricature de lui-même qui le poursuit pendant toute sa vie et lui impose des choix aux moments cruciaux. Il la déteste bien sûr, mais pourtant ne peut pas vivre sans elle.

Ce qu’on ne peut pas vraiment dire des femmes dans la vie du chanteur – elles apparaissent aussi vite qu’elles le quittent et en fin de compte ne sont pour lui que des inspirations pour des chansons. La débauche de Gainsbourg – qui le fait devenir petit à petit « l’homme à la tête de chou » – correspond à l’incompréhension du monde extérieur auquel il se heurte. Le fait qu’il polarise même sans l’intention de le faire, fait de lui petit à petit le monstre sacré qu’on connaît. Même s’il est toujours entouré, Gainsbourg s’esseule et devient cette gueule, sa gueule, qu’il n’a jamais voulu assumer.

« Certains artistes se choisissent des maîtres dans leur propre discipline, ça ne me convenait pas, mon maître, ça a toujours été Gainsbourg. Et comme je ne voulais pas le déranger en faisant le chanteur, je suis devenu dessinateur », dit Joann Sfar de son film. On peut être sûr que Gainsbourg aurait aimé ce film. Surtout à cause de l’immense pudeur avec laquelle Sfar s’attaque à son idole – pas de sexe pas de violence, pas de scandale ou du moins pas au premier plan. Il ramène le mythe Gainsbourg à l’essentiel : celui du poète, aimé par tous mais en brouille avec soi-même. Les choix osés de Sfar – il prête par exemple son style de dessinateur à Gainsbourg – et sa subjectivité assumée dans l’approche de son idole font de « Gainsbourg – vie héroïque » un film unique dans son genre. On apprécie surtout qu’il nous rappelle les origines juives du chanteur, qui même s’il ne les a jamais proclamées, sont indissociables de sa carrière. Ainsi que le choix de Sfar de ne pas mettre l’accent sur les scandales de « Gainsbarre » en fin de carrière. Qui veut revoir la scène où il gueule « I want to fuck you » à Whitney Houston, devra se rabattre sur Youtube.

Seul bémol : le film perd malheureusement en rythme en fin de course. On remarque que Sfar est un dessinateur et qu’il a conçu son film comme une B.D.

« Gainsbourg – vie héroïque », à l’Utopia.

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