TRANSIDENTITAIRES: On naît humain. Et on le reste.

Deux semaines après la tenue du colloque sur les transidentitaires, le woxx revient sur la question complexe et variée. Au-delà de se définir homme ou femme, il s’agit surtout de revenir sur le droit à l’autodétermination de chaque individu.

Homme ou femme. Dans la symbolique quotidienne,
il n’y a pas de place pour les nuances.

« On ne naît pas femme, on le devient ». La maxime de Simone de Beauvoir est certainement la plus répandue de toutes les citations féministes. Cette phrase qui résume à merveille le poids des conventions sociales et culturelles dans la structuration de l’identité de genre est centrée sur la question du rôle social de la femme. Mais dans d’autres cas, la métaphore peut prendre une signification toute littérale. L’on peut devenir femme, tout comme l’on peut devenir homme. Ou peut-être l’était-on déjà, à l’exception près que le corps ne suivait pas. Et après tout, c’est quoi être homme ou femme ? Et pourquoi réduire les genres strictement au masculin et féminin ? La grammaire allemande distingue bien trois genres : le masculin, le féminin et le neutre. L’on pourrait évidemment rétorquer que la nature n’a doté l’humanité que de deux sexes distincs : en-dehors du vagin et du pénis, il n’y a pas grand-chose. A la limite, les deux simultanément.

Le Dr. Erik Schneider, psychiatre de formation et l’un des principaux animateurs du groupe de travail « Transgender Luxembourg » au sein de l’association Rosa Lëtzebuerg, sort une feuille de papier et un stylo et commence à griffonner le « schéma » relatif à la construction des genres : « Premièrement, vous naissez avec le sexe biologique d’un homme. En plus, vous vous considérez subjectivement comme tel, vous adoptez le rôle social masculin et vous êtes attirés par le sexe opposé. Dans ce cas, l’on va dire que vous êtes dans ce qui est considéré comme la normalité hétérosexuelle masculine ». Et il rit lorsque vous lui dites que c’est la première fois que quelqu’un vous résume en quatre flèches et cinq cases. Mais ce sont justement ces cases, les cases sociales dans lesquelles l’on tente de placer votre identité de genre, qu’il s’agit de faire éclater. D’ailleurs, l’actualité récente vous revient : le cas de Norrie May-Welby, personne australienne et première au monde à avoir réussi à se faire indentifier par les autorités de l’Etat de la Nouvelle Gales du Sud comme étant de sexe « neutre ».

« Je connais une personne qui refuse toute catégorisation, une personne transgenre qui affirme être attirée par toutes les identités possibles : hommes, femmes, homos, hétéros, transsexuelles… Cette personne refuse de choisir et préfère se définir comme `pansexuelle‘ », ajoute le Dr. Schneider. Mais malgré la question de la définition du genre, différentes catégories sont établies et elles dépassent de loin ce qui est communément connu. Car le problème principal, c’est que la connaissance du sujet par la grande masse est encore très maigre. Trop souvent, il est même cantonné dans le folklorique, le pornographique, voire le pathologique. Car il ne faut pas se voiler la face : au-delà des shows de travestissement, même les plus prisés comme le fameux cabaret « Michou » à Pigalle qui attire également les couples de retraités de toutes les provinces de France et de Navarre, les fameux « drag queen », la grande majorité de la population continue de cantonner ces personnes dans la catégorie de « joyeux drilles ».

Les clichés et la réalité

En fait, le terme générique regroupant les différentes formes d’identités sexuelles en marge de la « normalité » est celui de « transidentité ». L’on y retrouve par exemple les « intersexués », personnes dont la particularité est de posséder les attributs génitaux des deux sexes, mais qui peuvent différer selon divers degrés, en fonction notamment de diverses pondérations chromosomiques (constellation XXY) et/ou hormonales. Le problème, c’est que cette configuration est communément considérée par le corps médical comme une anomalie et l’ablation d’un des attributs dans les premiers jours qui suivent la naissance est quasiment systématique. Obligatoire ? « Que faites-vous en tant que parents, si le gynécologue, après la naissance de votre enfant, vous persuade qu’il vaut mieux pour son développement futur qu’il soit une fille ou un garçon `normal‘ ? Vous lui faites confiance, forcément », explique Erik Schneider.

Cela peut même aller très loin, jusqu’à la perte de la garde de votre enfant, en cas de refus de lui faire subir cette intervention chirurgicale. Cela est arrivé à un couple en France. La logique est implacable : des parents sont-ils capables d’élever leur progéniture correctement s’ils refusent de suivre les conseils d’un praticien de la médicine. Ces parents ont toutefois formulé le bon choix en refusant de se substituer au choix du futur adulte à qui il appartiendra de définir lui-même son identité.

La transsexualité est probablement la forme d’identité de genre divergente la plus connue du grand public. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard, car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce phénomène répète ou confirme même la binarité des comportements sexués. En clair : vous naissez homme et désirez devenir femme ou vice-versa. Le problème que vous vous posez n’est pas forcément de savoir s’il faut s’adapter à un genre, mais tout simplement que votre corps ne correspond pas à votre ressenti. La chirurgie plastique, la reconstruction des organes génitaux et les traitements hormonaux finiront par vous doter de ce corps que la nature vous a refusé à l’origine. Avec parfois, justement, des résultats plus vrais que nature selon que vous ayez subi le traitement et l’opération dans un institut plus ou moins capable. D’ailleurs, les meilleures opérations se font en-dehors de l’Europe : la Thaïlande, le Canada ou les Etats-Unis se situent à la pointe de cette discipline. Ce qui n’est apparemment pas le cas pour nos pays voisins (ces opérations ne sont pas pratiquées au Luxembourg). Ce qui constitue d’ailleurs un problème majeur : si le gros de l’opération est remboursé par la Caisse nationale de santé, ce n’est pas le cas du voyage pour se rendre à l’hôpital. Or, entre un trajet Luxembourg-Bruxelles et Luxembourg-Bangkok ou Montréal, il y a une marge financière non négligeable. De plus, le remboursement n’est pas assuré à cent pour cent: par exemple l’épilation de la barbe en est exclue, ce qui est problématique dans le sens où une barbe visible constitue un facteur de discrimination décisif des personnes transidentitaires.

La « catégorie » qui brouille le plus nos repères sexués habituels est certainement celles des « transgenres ». Le terminologie est importante : si le « sexe » définit couramment votre appartenance physique à un sexe, le « genre » renvoie à votre propre définition « sociale » de votre sexe, indépendamment de votre anatomie originelle. Ainsi, naissez-vous physiquement femme, mais vous préférez vous identifier socialement à un rôle masculin sans pour autant éprouver nécessairement le besoin de transformer votre anatomie.

Mill Majerus ouvert au débat

D’un point de vue légal, cette situation peut être source de problèmes administratifs. En effet, certains pays ne procèdent au changement d’identité sexuelle de votre état civil, qu’en cas de changement réel de votre anatomie. C’est par exemple le cas du Luxembourg, contrairement à d’autres pays, comme l’Espagne. Mais il se pourrait que les transgenres disposent au Luxembourg d’un allié de poids et assez original, en tout cas pour ce qui est de son orientation politique. Il s’agit du président de la commission de la famille, de la jeunesse et de l’égalité des chances à la Chambre, le député CSV Mill Majerus, connu pour avoir été le premier sexologue du pays, mais également le principal haut fonctionnaire du ministère de la famille avant son départ en retraite. Sur son blog (millmajerus.blogspot.com), le député chrétien-social publie un article rédigé en allemand en relation avec le colloque tenu récemment et organisé conjointement par le Cid-femmes et le « Transgender Group » où l’on peut notamment lire : « Mir persönlich fällt es schwer, an einen Gott zu glauben, der Menschen aburteilen und bestrafen wollte, die in ihrer sexuellen Orientierung oder Identität den gängigen Normen nicht gerecht werden. Gott erwartet, dass wir unser Leben im Geist der Liebe, der Wahrheit, der Güte und der Geschwisterlichkeit gestalten. Das schließt transidente oder homosexuelle Mitmenschen keineswegs aus. Sündig wird, wer hasst, demütigt, aussondert, abwertet, Gewalt antut, lügt, sich Übergriffe leistet, den Willen anderer bricht … Dies schließt normale Heteros keineswegs aus ».

Concrètement, Majerus entend s’engager en faveur d’une réforme de la législation concernant le changement d’état civil sans changement de sexe, tout en soulignant que la commission compétente en la matière est celle de la Justice. « Mais je pense que la commission de la famille peut constituer une bonne plate-forme de discussion », ajoute-t-il. Une autre revendication à laquelle il se dit ouvert est celle de l’inclusion de la thématique transidentitaire dans les programmes scolaires d’éducation sexuelle. S’il dit ne pas être le seul au sein de sa fraction à se dire prêt à une ouverture de la législation en faveur des personnes transidentitaires, il est également conscient de la présence de positions plus « fondamentalistes ». Et de souligner qu’il souhaite continuer à collaborer avec le groupe « Transgender Luxembourg » en rappelant que ceux-ci ne doivent pas hésiter « à nous bousculer ».


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