TODD SOLONDZ: Le grand pardon

Une douzaine d’années après le succès international de « Happiness », Todd Solondz reprend les mêmes caractères pour une suite – qui laisse plutôt froid.

Difficile de se concentrer quand un mort vous fait des reproches dans votre dos.

Réaliser une suite à un film à succès est une des plus grandes tentations hollywoodiennes de ces dernières décennies. Que ce soit dans la plupart des cas pour des raisons commerciales semble hors discussion puisque la majorité des films qui connaissent une deuxième, voire même troisième partie sont presqu’exclusivement des oeuvres à grand public, de préférence des films d’action, de superhéros ou encore des dessins animés. En tout cas, le cinéma d’auteur semblait agir hors de ce circuit. Mais c’était sans compter le génie malin de Todd Solondz qui déballe, douze ans après leur succès mondial, les caractères de « Happiness », pour en faire une suite. Il faut bien insister sur le fait qu’il n’en emprunte que les caractères pour « Life During Wartime », car les acteurs, eux, ne sont pas les mêmes.

Mais d’abord il faut une petite piqûre de rappel sur la première partie, qui – à son époque – fut saluée comme une des meilleures comédies noires jamais tournées. C’est l’histoire de trois soeurs, Joy, Helen et Trish et de leurs déboires respectifs. Joy essaie de semer le bonheur partout où elle va, mais n’attire que des psychopathes, comme Allen, qu’elle va épouser dans la suite et dont la préoccupation principale sont des appels anonymes et obscènes ou encore Andy, son premier petit ami, qu’elle accule au suicide. Sa soeur Helen, une écrivaine douée, est elle préoccupée par sa volonté de se faire violer pour rendre son écriture encore plus authentique. Le problème de Trish est son mari : un psychologue pédophile et sujet à des fantasmes violents.

En 2010, Trish est divorcée de son mari qui sort de prison et tente de renouer quelques liens avec sa famille – difficile avec des enfants qui croient que leur père est mort. Elle essaie pourtant de reconstruire sa famille en s’approchant de Harvey – un homme plus âgé qu’elle projette d’épouser. Le mariage de Joy avec Allen est dans une grave crise, puisqu’Allen n’a toujours pas réussi à se défaire de ses manies un peu gênantes tandis qu’Helen a complètement rompu avec sa famille depuis son succès éditorial.

Pourtant, là où « Happiness » brisait des tabous – par exemple en faisant du psychologue pédophile une vraie personnalité plutôt attachante – « Life During Wartime », se résume à un grattage de surface. Joy et Trish sont obsédées par l’idée du pardon et de l’oubli, sorte de leitmotiv du film, mais ne parviennent pas à surmonter leurs égos respectifs. Le père pédophile juste sorti de prison reste une énigme pour le spectateur et pour son entourage. Et puis la relation entre Trish et Harvey est des plus caricaturales, mais vraiment sans grande profondeur. Pour le dire ainsi, le spectateur éprouve au cours de ce film plusieurs fois le besoin de distribuer quelques bonnes baffes aux acteurs à l’écran. Cela vaut surtout pour Joy et ses allures à la Jeanne d’Arc, mais qui ne recherche que sa propre rédemption. Pendant tout le film, elle est poursuivie par des apparitions d’anciens amants qui se sont suicidés après avoir eu une relation avec elle – une belle idée, mais superflue après trois reprises. Mais peut-être que cela était bien voulu par Todd Solondz, connu pour ne faire aucun compromis dans ses représentations de la société.

Pourtant, il y a des aspects positifs, comme le thème de la guerre que le réalisateur a tissé en filigrane dans tout son récit. Le titre prend tout son sens au détour de quelques remarques semées par-ci, par-là dans les dialogues. Par exemple quand Trish explique à Joy que son nouveau mec, Harvey, ne peut être qu’un type bien, parce qu‘ « il est pro-israélien. Certes, il a voté pour Bush et Cheney, mais seulement à cause d’Israël, pour le reste, il pense que ce sont des abrutis fin de race ». Ou encore quand le petit Timmy, fils de Trish, se demande si vraiment tous les pédophiles sont des terroristes et si les pédophiles haïssent eux-aussi la liberté et la démocratie. C’est cet arrière-fond qui aurait mérité plus d’attention dans « Life During Wartime » – dommage que le film oscille entre ce dernier et ses personnages, sans jamais vraiment se décider.

« Life during Wartime », à l’Utopia.


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