MATHIEU AMALRIC: The Show Must Go On

Récompensé par le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, « Tournée » de Mathieu Amalric, n’est toutefois pas sans longueurs.

Il semble que la tournée ait touché à sa fin…

Parti refaire sa vie aux Etats-Unis, c’est finalement en France que Joachim Zand, ancien producteur de télévision à succès, revient réaliser son rêve américain. Il ramène dans ses bagages une troupe de New Burlesque. Les dates s’enchaînent : au Havre, à Nantes, la Rochelle. Le spectacle y rencontre un franc succès, mais les filles ne rêvent que de Paris et Joachim sait que ses chances de les y emmener se réduisent comme peau de chagrin. Le propriétaire de la salle qu’il y avait trouvé lui fait faux bond, l’obligeant à trouver rapidement une alternative. Il lui faut alors reprendre contact avec tous ceux qu’il avait quittés. Lui qui se voyait faire un come-back flamboyant, se retrouve obligé de s’amender auprès d’une maîtresse abandonnée, d’amis trahis et de deux fils négligés.

C’est Mathieu Amalric (« Munich », « Le Scaphandre et le Papillon », « Un Conte de Noël ») lui-même qui campe ce quadragénaire moustachu, charmeur et teigneux, qui veut en remontrer à la terre entière pour mieux fuir ses responsabilités. Il est plus que brillamment secondé par ses fantastiques strip-teaseuses, qui font penser aux pin-up peintes sur les bombardiers de la Guerre de Corée, dont elles seraient les avatars déglingués et déjantés. Gaies, rondes, impérieuses, féminines jusqu’au bout de leurs faux ongles, ces interprètes, qui pour la plupart font leurs débuts au cinéma, font main basse sur l’écran avec une énergie débordante. Leurs numéros pleins de fantaisie et de poésie, où le cabaret du 19e siècle se mêle au cirque, donnent un charme incomparable au film. L’on en viendrait presque à regretter de ne pouvoir assister à la représentation toute entière.

Amalric, qui en est déjà à son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, a écrit le scénario de « Tournée » en s’inspirant d’une nouvelle de Colette. Dans « L’Envers du Music-Hall » l’écrivaine avait raconté le trac des coulisses, l’excitation de la scène, tout comme la fuite permanente d’un gala à l’autre, et le caractère interchangeable de villes à peine entr’aperçues. Tout cela, l’acteur français sait parfaitement le reproduire à l’écran. Sa mise en scène est à la fois contemplative et à fleur de peau et son écriture épurée jusqu’à en paraître absente. L’on n’en apprend guère plus sur ses personnages, leur origine, leur histoire, leurs aspirations, que ce que les différentes scènes nous en révèlent comme par inadvertance. Rien n’est démonstratif, et l’on se plaît à suivre le parcours de ces inconnus comme l’on tenterait de reconstituer la vie d’un anonyme voisin de train ou de restaurant à partir d’une conversation téléphonique saisie au vol. Si cette approche fait la subtilité du film, elle en est aussi la principale faiblesse. En fin de compte, l’on quitte le cinéma comme l’on quitterait le compartiment ou la table de restaurant : sans regrets et sans besoin d’en apprendre plus.

A l’Utopia


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