AVORTEMENT: Relents réactionnaires

La campagne « Si je veux » contre la nouvelle loi sur l’avortement a depuis longtemps du plomb dans l’aile. Cependant, un groupuscule réactionnaire remet un peu de piquant dans l’affaire.

On le savait depuis quelques semaines, lorsque les premiers indices d’une campagne réactionnaire contre la nouvelle loi sur l’avortement étaient publiés dans le journal satirique « Feierkrop ». A cette époque, cette initiative qui s’auto-présentait sur un ton plus que pathétique pouvait encore prêter à rire. Mais depuis cette semaine et une notice parue dans le quotidien libéral « Journal », les choses seraient devenues plus sérieuses. Selon le « Journal », les « défenseurs de la vie naissante » auraient inondé les boîtes e-mails des député-e-s avec un appel à ne pas voter cette loi, qui selon eux, serait un pas vers la perdition.

Mais lisez-vous même ce texte qu’on peut trouver non seulement dans les courriels des parlementaires mais aussi sur le site de l’organisation « Pax Cristiana Europea » : « (?) seule une interdiction des avortements – et pas une libéralisation – pourra empêcher que le sang d’enfants innocents soit répandu. En même temps que l’introduction de cette `Indication sociale‘, est aussi programmée l’organisation d’une consultation obligatoire. Cette consultation obligatoire n’entravera pas le massacre des enfants à naître ; elle n’est qu’un stratagème. (?) nous exigeons : En premier lieu : Aucune espèce d‘ `Indication‘ pour les avortements ! Et à terme : La totale interdiction de l’avortement ! Vous avez le choix : ou vous devenez le bourreau d’enfants à naître ou bien vous êtes leur protecteur. »

L’intéressant, c’est que ce groupe de pression semble s’attaquer à la même chose que les opposants à la loi de l’autre bord : l’indication sociale qui sera obligatoire pour toutes les femmes désirant avorter. Pourtant, on peut être sûr que le « stratagème » précité n’est qu’un leurre, puisque de toute façon avec ces gens-là, on ne discute pas.

C’est pourquoi on prend ces nouvelles plutôt à la légère du côté du Cid-Femmes qui a coorganisé l’initiative « Si je veux », comme nous l’a indiqué Christa Brömmel du Cid-Femmes : « Nous ne pensons pas que nos député-e-s soient prêts à se laisser berner par une telle initiative ». Ce qui paraît tout à fait plausible, si on considère l’énorme pression que les député-e-s avaient à subir avant le vote sur la loi contre l’euthanasie.

Mais il y a aussi un troisième groupe qui vient d’entrer dans la discussion : l’« Ombudscomité fir d’Rechter vum Kand » (ORK). Dans un texte avisant le projet de loi déposé par François Biltgen, l’ORK – qui dit ne parler qu’au nom des enceintes mineures – s’insurge contre l’idée que les mineures soient aussi visées par le pénal en cas d’interruption non conforme au règlement. Il estime que le problème des filles mineures enceintes devrait être traité dans un texte autonome ne relevant pas du pénal. S’il se dit d’accord avec la consultation obligatoire – en tout cas pour les mineures – il estime aussi que le texte devrait stipuler que la personne de confiance choisie par la fille en détresse ne soit pas le géniteur de l’enfant.

On le voit, la discussion sur la réforme du droit à l’avortement vient de reprendre un peu de souffle en pleine saison estivale. Coincé entre deux groupes de pression et critiqué par les acteurs du terrain, François Biltgen aura beaucoup de mal à faire passer la pilule et à faire adopter le texte tel quel. Peut-être qu’à la fin, la raison prendra enfin le dessus, puisque la situation de détresse des femmes souhaitant avorter au grand-duché reste toujours intolérable.


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