ÉGLISE CATHOLIQUE: A confesse

Face au nombre d’exactions commises par ses ouailles et révélées par le rapport final de sa hotline, le clergé fait ce qu’il sait le mieux faire : adopter un profil bas et promettre des réparations? financières.

La salle qui accueillait la conférence de presse de présentation du rapport final de la « Hotline Cathol », ce jeudi était pleine à craquer. Face au rapport, les représentants du clergé réunis devant la presse – l’archevêque Fernand Franck et le vicaire général Mathias Schiltz – ne paraissaient être ni sur l’offensive, ni sur la défensive : ils semblaient tout simplement désemparés.

Et il y a de quoi. Les chiffres rapportés par Mill Majerus et sa femme Simone sont éloquents : entre le 6 avril et le 16 juillet 2010, environ 138 personnes ont contacté la « Hotline Cathol » dont 109 qui voulaient parler d’exactions commises par des membres du clergé contre elles. Ces personnes, dont 60 pour cent sont masculines, ont fait état de 39 cas d’agressions sexuelles, 63 de violences physiques (dont deux homicides involontaires n’ayant jamais fait l’objet d’une enquête), et 23 de maltraitance – une sorte de transgression n’excluant pas l’autre.

Avant d’entrer dans le détail des chiffres, Mill Majerus a tenu à clarifier la façon dont lui et son épouse ont approché les personnes qui sont entrées en contact avec eux. « Ce rapport ne présente aucune vérité objective », précise Majerus, « Il ne reprend que les récits des victimes et nous n’avons procédé à aucune vérification avant leur envoi chez le procureur ». Ainsi, 114 rapports ont été transférés aux procureurs de Diekirch et de Luxembourg-Ville, sans que les responsables de la « Hotline Cathol » aient contacté un-e des coupables désignés. De toute façon, selon le vicaire Schiltz, seulement quatre sur les 19 membres du clergé identifiés et incriminés seraient encore en vie et tous déjà à la retraite, donc « hors d’état de nuire » – ce qui ne les rend pas moins coupables, même si légalement leurs actes sont prescrits. On peut donc être quasiment sûr et certain que le rapport n’aura aucune conséquence pénale.

Parcourir le rapport, qui contient également des extraits rendus anonymes des récits des victimes, revient à une ballade dans un cabinet d’horreurs. Prêtres sadiques battant des enfants de choeur avec la bave aux lèvres et l’érection sous la soutane, des nonnes qui humilient les enfants qui urinent sur leurs draps, discriminations systématiques d’enfants issus de milieux sociaux défavorisés ou non conformes aux exigences du clergé (entendez communistes), attouchements et viols sauvages – tout y est.

A la question de savoir comment tous ces crimes ont pu rester impunis pendant tellement longtemps, Majerus offre trois éléments de réponse : la banalisation de la violence en milieu scolaire jusqu’au milieu des années 70 et au-delà, la peur du scandale dans les rangs du clergé et la peur et le faux respect qu’imposait le clergé à la société. Ainsi, un phénomène est récurrent dans presque tous les témoignages recueillis : à la première humiliation qu’est l’expérience de la violence s’ajoute celle de l’incrédulité de l’entourage de la victime – dans beaucoup de cas, même la famille la plus proche a préféré croire le clergé plutôt que son propre enfant. Un signe de l’aliénation profonde instaurée par la hiérarchie catholique dans un pays aux moeurs aussi conservatrices que le Luxembourg.

Face à l’ampleur des dégâts, l’archevêque et son vicaire ont tenté de se montrer réconciliants. Toutes les victimes qui le souhaitent recevront une lettre d’excuses de l’archevêque et pourront même le rencontrer. Plus intéressant est le fait que l’église s’engage à payer d’éventuelles thérapies pour les traumatisé-e-s ainsi que de prendre en charge des réparations financières. Selon le vieux principe de la casuistique jésuite, le mal fait par les membres du clergé sera donc réparé en moyennant l’argent? du contribuable.

Et pour le futur ? « Nous ne pouvons pas repasser à l’ordre du jour », assure Schiltz, qui pense entre autres à rétablir à l’avenir la « Hotline Cathol » et de veiller à une meilleure préparation des jeunes prêtres et d’assurer un accompagnement du personnel en place. Vu que le dernier cas d’agression sexuelle dans une église – un sacristain au Nord du pays qui vient de se faire condamner – ne date que de quelques semaines, il y a du pain (bénit) sur la planche?


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