INCARCERATION: Petite prison

Hors Schrassig, le Luxembourg dispose d’une autre prison plus discrète et sans mur ni barbelés : Givenich. Alors que Schrassig deviendra plus sécurisé encore, Givenich est modernisé.

Cuisinier, serrurier et autres formations sont au programme de la réinsertion (photo: CPG)

« Le travail sérieux qui est fait ici n’est pas apprécié à sa juste valeur », a affirmé le ministre de la justice et de la police Luc Frieden, lors de la présentation officielle des nouveaux bâtiments de Givenich. Même si le public présent a eu l’impression que le ministre voulait parler plutôt de son propre travail que de celui du personnel du Centre pénitentiaire de Givenich (CPG) – tant il soignait sa neurose profilique -, il a raison sur le fond : Givenich n’est – presque – jamais à la une des journaux. Même si une évasion de cette ferme serait chose facile : ni murs, ni barbelés ne délimitent ce groupe de 36 bâtiments dispersés sur quelque 700 hectares.

La raison principale en est simple : les détenus de Givenich sont tous en voie de réinsertion et ne veulent pas gâcher la chance que l’Etat leur offre à retrouver le droit chemin. Le problème est que la réinsertion pratiquée ici ne vaut que pour les détenus qui sont condamnés à des peines qui ne dépassent pas une année. « En plus, il y a beaucoup moins d’étrangers ici qu’à Schrassig, ce qui facilite la réinsertion », s’empresse de compléter le ministre Frieden. Comme si les chances de réinsertion étaient inscrites sur le passeport …

Il est vrai que les chances pour les « heureux » détenus de Givenich de retrouver une place dans la société sont supérieures à celles de leurs confrères et consoeurs de Schrassig : ils disposent entre autres de deux services psychologiques et d’orientation, peuvent habiter en colocation de six personnes (sous certaines conditions) et surtout ils profitent d’un régime de semi-liberté. Ce qui fait que le quotidien de cette ferme est réglé comme une horloge suisse. Les premiers prennent leur petit déjeuner vers six heures du matin et partent soit au travail, soit à l’école. Et ils ont intérêt à être à l’heure : « Un retard de cinq minutes peut déjà entraîner des sanctions disciplinaires », a ainsi affirmé le directeur Claude Lentz lors de la visite de presse ce lundi. La même chose vaut d’ailleurs pour les cellules. En cas de manque d’hygiène, les sanctions sont draconiques. « Discipline, ponctualité, hygiène et ordre forment la base du système dans lequel nous vivons tous ici. Ce sont les conditions nécessaires si nos détenus veulent reprendre pied dans notre société », a précisé le directeur. Mais la vie en prison semi-ouverte connaît aussi ses petits moments de recueillement. Ainsi, ont été amenagées dans une ancienne buanderie plusieurs salles de recréation et de sport dernier cri. C’est là que les détenus peuvent se décontracter après une journée au travail, mais c’est là aussi où leur environnement est le plus normal. En effet, ni caméra de surveillance, ni gardien dans ces salles – à l’exception d’un moniteur de sport. « C’est un prinicpe de confiance réciproque », explique le directeur. « C’est beaucoup plus beau qu’à Schrassig », s’étonne le ministre Frieden.

Le directeur mange à la cantine

Ce principe de confiance réciproque se répand aussi sur d’autres domaines. Par exemple le réfectoire : ici, les détenus mangent en même temps que le personnel. Même le directeur prend place chaque jour sur les bancs de la cantine et reçoit le même repas que ses détenus. Et il n’en est pas mort, plaisante-t-il. (En tout et pour tout, un nouveau bâtiment central s’est ajouté au 36 bâtiments que compte le complexe pénitentiaire, et trois autres bâtiments ont été transformés. Outre les aménagements sportifs, la « maison du fondateur » qui abrite les bureaux administratifs et la salle de rencontre pour les prisonniers a été retapée, ainsi que le bâtiment de la ferme Casel qui a été pourvu d’une nouvelle serrurerie. L’intéressant est que dans ces constructions et rénovations l’intérêt sécuritaire n’ait pas primé. Le premier souci du ministère des travaux publics semble bien avoir été l’écologie. Ainsi, l’isolation thermique a été mise en place en fonction de l’exposition au soleil du nouveau bâtiment et le choix des matériaux a été judicieusement surveillé pour ne pas nuire à l’environnement. Dans le nouveau bâtiment sont installés également des bureaux pour les services psychologiques et des salles de formation, ainsi qu’une médiathèque dans laquelle les détenus peuvent se procurer des BD ainsi que se faire prêter des livres.

Sous-population carcérale

Cette évolution positive a bien sûr pris son temps et ne cache pas quelques points plutôt négatifs. Ainsi, la modernisation de l’infrastructure pénitentiaire a mis son temps – presque dix ans si l’on compte à partir du premier vote à la chambre le 29 avril 1999. A l’époque, une somme d’environ 7,5 millions d’euros avait été prévue pour retaper Givenich. S’y sont ajoutés quelques 2,3 millions en 2004 pour arriver finalement à la chouette somme de 10,9 millions d’euros de frais effectifs, si l’on prend en compte les tranches d’index entre 1999 et 2008. Un problème qui ne risque plus tellement se poser à l`avenir si le gouvernement poursuit sa politique sociale.

Mais le point faible le plus frappant est – et nos lectrices s’en sont sans doute aperçues – qu’il n’y a pas de détenues à Givenich. Et la raison n’est pas que le Luxembourg ne dispose pas de sujets féminins enclins à une carrière criminelle, loin de là. Mais cela ne semble pas être une priorité pour le gouvernement, même si ce thème a déjà été évoqué et que d’autres sites pour un Givenich « féminin » étaient dans la discussion. Certes, accueillir des femmes à Givenich impliquerait aussi de construire davantage – au moins un bâtiment de plus serait nécessaire en plus du personnel féminin pour se charger de cette population carcérale. Mais tant qu’on y est, pourquoi n’avoir pas fait cela en même temps ? Au vu des délais énormes qu’ont pris ces modernisations fièrement présentées au public lundi dernier, ce manquement est tout simplement inconcevable. La question met les responsables dans un certain embarras. En guise de réponse sont invoqués les frais supplémentaires et un manque de besoin direct. Alors que Schrassig peine à contenir ses détenu-e-s dans ses murs devenus trop étroits grâce au zèle du ministre de la justice-police, Givenich n’est même pas encore plein. Pouvant accueillir une centaine de prisonniers, l’effectif réel est en dessous de ce chiffre : environ 88 personnes préparent leur réinsertion dans la société sur le territoire de la ferme située à l’est du pays. C’est-à-dire que Givenich n’est pas une prison « normale » sur ce point-là non plus. Mais bon, la promesse de s’ouvrir à des détenues est au moins faite : « Il y a aura de la place pour neuf détenues. C’est prévu pour 2009 », a affirmé le ministre Frieden.

 


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