INCARCERATION: Petite prison

von | 01.02.2008

Hors Schrassig, le Luxembourg dispose d’une autre prison plus discrète et sans mur ni barbelĂ©s : Givenich. Alors que Schrassig deviendra plus sĂ©curisĂ© encore, Givenich est modernisĂ©.

Cuisinier, serrurier et autres formations sont au programme de la réinsertion (photo: CPG)

« Le travail sĂ©rieux qui est fait ici n’est pas apprĂ©ciĂ© Ă  sa juste valeur Â», a affirmĂ© le ministre de la justice et de la police Luc Frieden, lors de la prĂ©sentation officielle des nouveaux bâtiments de Givenich. MĂŞme si le public prĂ©sent a eu l’impression que le ministre voulait parler plutĂ´t de son propre travail que de celui du personnel du Centre pĂ©nitentiaire de Givenich (CPG) – tant il soignait sa neurose profilique -, il a raison sur le fond : Givenich n’est – presque – jamais Ă  la une des journaux. MĂŞme si une Ă©vasion de cette ferme serait chose facile : ni murs, ni barbelĂ©s ne dĂ©limitent ce groupe de 36 bâtiments dispersĂ©s sur quelque 700 hectares.

La raison principale en est simple : les dĂ©tenus de Givenich sont tous en voie de rĂ©insertion et ne veulent pas gâcher la chance que l’Etat leur offre Ă  retrouver le droit chemin. Le problème est que la rĂ©insertion pratiquĂ©e ici ne vaut que pour les dĂ©tenus qui sont condamnĂ©s Ă  des peines qui ne dĂ©passent pas une annĂ©e. « En plus, il y a beaucoup moins d’Ă©trangers ici qu’Ă  Schrassig, ce qui facilite la rĂ©insertion Â», s’empresse de complĂ©ter le ministre Frieden. Comme si les chances de rĂ©insertion Ă©taient inscrites sur le passeport …

Il est vrai que les chances pour les « heureux Â» dĂ©tenus de Givenich de retrouver une place dans la sociĂ©tĂ© sont supĂ©rieures Ă  celles de leurs confrères et consoeurs de Schrassig : ils disposent entre autres de deux services psychologiques et d’orientation, peuvent habiter en colocation de six personnes (sous certaines conditions) et surtout ils profitent d’un rĂ©gime de semi-libertĂ©. Ce qui fait que le quotidien de cette ferme est rĂ©glĂ© comme une horloge suisse. Les premiers prennent leur petit dĂ©jeuner vers six heures du matin et partent soit au travail, soit Ă  l’Ă©cole. Et ils ont intĂ©rĂŞt Ă  ĂŞtre Ă  l’heure : « Un retard de cinq minutes peut dĂ©jĂ  entraĂ®ner des sanctions disciplinaires Â», a ainsi affirmĂ© le directeur Claude Lentz lors de la visite de presse ce lundi. La mĂŞme chose vaut d’ailleurs pour les cellules. En cas de manque d’hygiène, les sanctions sont draconiques. « Discipline, ponctualitĂ©, hygiène et ordre forment la base du système dans lequel nous vivons tous ici. Ce sont les conditions nĂ©cessaires si nos dĂ©tenus veulent reprendre pied dans notre sociĂ©tĂ© Â», a prĂ©cisĂ© le directeur. Mais la vie en prison semi-ouverte connaĂ®t aussi ses petits moments de recueillement. Ainsi, ont Ă©tĂ© amenagĂ©es dans une ancienne buanderie plusieurs salles de recrĂ©ation et de sport dernier cri. C’est lĂ  que les dĂ©tenus peuvent se dĂ©contracter après une journĂ©e au travail, mais c’est lĂ  aussi oĂą leur environnement est le plus normal. En effet, ni camĂ©ra de surveillance, ni gardien dans ces salles – Ă  l’exception d’un moniteur de sport. « C’est un prinicpe de confiance rĂ©ciproque Â», explique le directeur. « C’est beaucoup plus beau qu’Ă  Schrassig Â», s’Ă©tonne le ministre Frieden.

Le directeur mange Ă  la cantine

Ce principe de confiance rĂ©ciproque se rĂ©pand aussi sur d’autres domaines. Par exemple le rĂ©fectoire : ici, les dĂ©tenus mangent en mĂŞme temps que le personnel. MĂŞme le directeur prend place chaque jour sur les bancs de la cantine et reçoit le mĂŞme repas que ses dĂ©tenus. Et il n’en est pas mort, plaisante-t-il. (En tout et pour tout, un nouveau bâtiment central s’est ajoutĂ© au 36 bâtiments que compte le complexe pĂ©nitentiaire, et trois autres bâtiments ont Ă©tĂ© transformĂ©s. Outre les amĂ©nagements sportifs, la « maison du fondateur Â» qui abrite les bureaux administratifs et la salle de rencontre pour les prisonniers a Ă©tĂ© retapĂ©e, ainsi que le bâtiment de la ferme Casel qui a Ă©tĂ© pourvu d’une nouvelle serrurerie. L’intĂ©ressant est que dans ces constructions et rĂ©novations l’intĂ©rĂŞt sĂ©curitaire n’ait pas primĂ©. Le premier souci du ministère des travaux publics semble bien avoir Ă©tĂ© l’Ă©cologie. Ainsi, l’isolation thermique a Ă©tĂ© mise en place en fonction de l’exposition au soleil du nouveau bâtiment et le choix des matĂ©riaux a Ă©tĂ© judicieusement surveillĂ© pour ne pas nuire Ă  l’environnement. Dans le nouveau bâtiment sont installĂ©s Ă©galement des bureaux pour les services psychologiques et des salles de formation, ainsi qu’une mĂ©diathèque dans laquelle les dĂ©tenus peuvent se procurer des BD ainsi que se faire prĂŞter des livres.

Sous-population carcérale

Cette Ă©volution positive a bien sĂ»r pris son temps et ne cache pas quelques points plutĂ´t nĂ©gatifs. Ainsi, la modernisation de l’infrastructure pĂ©nitentiaire a mis son temps – presque dix ans si l’on compte Ă  partir du premier vote Ă  la chambre le 29 avril 1999. A l’Ă©poque, une somme d’environ 7,5 millions d’euros avait Ă©tĂ© prĂ©vue pour retaper Givenich. S’y sont ajoutĂ©s quelques 2,3 millions en 2004 pour arriver finalement Ă  la chouette somme de 10,9 millions d’euros de frais effectifs, si l’on prend en compte les tranches d’index entre 1999 et 2008. Un problème qui ne risque plus tellement se poser Ă  l`avenir si le gouvernement poursuit sa politique sociale.

Mais le point faible le plus frappant est – et nos lectrices s’en sont sans doute aperçues – qu’il n’y a pas de dĂ©tenues Ă  Givenich. Et la raison n’est pas que le Luxembourg ne dispose pas de sujets fĂ©minins enclins Ă  une carrière criminelle, loin de lĂ . Mais cela ne semble pas ĂŞtre une prioritĂ© pour le gouvernement, mĂŞme si ce thème a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©voquĂ© et que d’autres sites pour un Givenich « fĂ©minin Â» Ă©taient dans la discussion. Certes, accueillir des femmes Ă  Givenich impliquerait aussi de construire davantage – au moins un bâtiment de plus serait nĂ©cessaire en plus du personnel fĂ©minin pour se charger de cette population carcĂ©rale. Mais tant qu’on y est, pourquoi n’avoir pas fait cela en mĂŞme temps ? Au vu des dĂ©lais Ă©normes qu’ont pris ces modernisations fièrement prĂ©sentĂ©es au public lundi dernier, ce manquement est tout simplement inconcevable. La question met les responsables dans un certain embarras. En guise de rĂ©ponse sont invoquĂ©s les frais supplĂ©mentaires et un manque de besoin direct. Alors que Schrassig peine Ă  contenir ses dĂ©tenu-e-s dans ses murs devenus trop Ă©troits grâce au zèle du ministre de la justice-police, Givenich n’est mĂŞme pas encore plein. Pouvant accueillir une centaine de prisonniers, l’effectif rĂ©el est en dessous de ce chiffre : environ 88 personnes prĂ©parent leur rĂ©insertion dans la sociĂ©tĂ© sur le territoire de la ferme situĂ©e Ă  l’est du pays. C’est-Ă -dire que Givenich n’est pas une prison « normale Â» sur ce point-lĂ  non plus. Mais bon, la promesse de s’ouvrir Ă  des dĂ©tenues est au moins faite : « Il y a aura de la place pour neuf dĂ©tenues. C’est prĂ©vu pour 2009 Â», a affirmĂ© le ministre Frieden.

 

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