GREGG ARAKI: Trompé de biscuit

Le réalisateur culte américain Gregg Araki revient avec un grand « Kaboom », mais délaisse la comédie pour des régions plus sérieuses.

Smith commence à voir le monde différemment…

En lisant le synopsis de « Kaboom », on pourrait croire à une énième comédie à l’américaine sur la jeunesse, le sexe et les prises de drogue involontaires qui régalent depuis quelques années le jeune public avide de blagues lourdes et potaches. Mais il suffit de connaître un tant soit peu le travail de Gregg Araki pour savoir que ce jeune homme va beaucoup plus loin dans ses films – et qu’il n’a pas été acclamé à Sundance, Cannes ou Deauville pour rien.

« Kaboom », c’est l’histoire de Smith, jeune étudiant en première année de fac, celle où l’on ne va pas vraiment en cours, mais pendant laquelle on découvre son corps, ceux des autres et leurs limites respectives. En somme, Smith est un garçon sans histoires : élevé seul par une mère qui s’est mise en quatre pour qu’il ait un meilleur avenir, il hésite encore sur sa sexualité attiré qu’il est autant par son colocataire surfeur très simplet mais au corps impeccable et les filles qu’il rencontre. La personne la plus importante dans sa vie est sa meilleure amie Stella – son « partner in crime » depuis les bancs du collège. A la fac, les deux se débrouillent autant qu’ils peuvent surtout pour s’amuser un maximum. Et c’est justement à une fête que tout va commencer par mal tourner. Après que Smith ait laissé partir Stella dans les bras de sa dernière conquête, une mystérieuse fille qui se nomme Lorelei et qui croit en la sorcellerie, il avale par mégarde un biscuit fourré de haschich, ce qu’on appelle aussi un space cake. Il se retrouve d’abord aux toilettes, y fait l’amour avec London, une fille un peu à côté de la plaque qu’il vient de croiser, puis reprend conscience dans le parc du campus. Là, il assiste à une scène horrible pendant laquelle une jeune fille rousse se fait massacrer par des inconnus pourvus de masques animaliers. Mais le pire de cette scène n’est même pas qu’à son réveil, il ne sait plus s’il a rêvé ou non, mais que cette fille, tout comme Lorelei, ne finissait pas d’apparaître dans ses rêves depuis des mois déjà. Commence alors une enquête semée d’embûches qui va finir par révéler une réalité incroyable?

Certains critiques mettent en évidence la parenté entre Gregg Araki et son contemporain et compatriote Larry Clark, connu pour ses études de la jeunesse américaine en déchéance et dénuée de tabous comme « Kids », « Bully » ou encore « Ken Park ». Mais cela n’est que partiellement vrai. S’ils partagent tous les deux une obsession pour la jeunesse, le sexe et la drogue – donc de célébrer un peu leur complexe de Peter Pan sur grand écran – la différence entre les deux créateurs est de taille. Araki mise beaucoup sur l’oeil intérieur de ses personnages, il met en scène leurs rêves et montre la réalité tels qu’ils la perçoivent, alors que la caméra de Clark reste strictement extérieure aux personnages. Là où ce dernier suggère un pseudo-reportage, Araki invite à un voyage onirique qui dépasse la logique de ses personnages et parfois même du spectateur. C’est surtout l’importance des rêves qui fait la différence et qui place Araki plutôt du côté de David Lynch, pour le côté mystérieux et inquiétant de « Kaboom » et du Terry Gilliam de « Fear and Loathing in Las Vegas » pour l’imagerie hallucinée et l’anarchie de la mise en scène qui donne l’impression d’avoir été réalisée sous l’emprise de stupéfiants de temps en temps.

En tout, « Kaboom » ne deviendra probablement pas un film culte, car trop compliqué et confus – surtout vers la fin – pour cela. Pourtant, c’est un excellent film qui montre le cinéma américain comme on l’aime : un peu à côté de la plaque et toujours à la recherche de nouvelles formes d’expression.

A l’Utopia


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