INTÉGRATION / EXPULSION: Drôles de gentlemen

Le gouvernement parle d’intégration, mais préfère briser des vies en expulsant des personnes vers des pays peu recommandables. Avec le refoulement cette semaine de trois Nigérians, il inaugure une nouvelle vague de rafles contre des réfugiés.

Le gouvernement luxembourgeois prend-il les gens pour des imbéciles ? La réponse est oui. En tout cas lorsqu’il parle d’intégration ou de migrations. Certes, lorsque ses membres en ont la possibilité, lors de conférences ou sur les plateaux de télévision, ils ne tarissent pas d’éloges, dans des discours bien convenus, sur les bienfaits de l’immigration ou de la mixité culturelle. Ce fut encore le cas mercredi dernier, où, sur invitation de la Confédération des communautés portugaises au Luxembourg (CCPL), la ministre de la famille Marie-Josée Jacobs (CSV), est venue présenter son projet de loi sur l’intégration des étrangers. Devant un public principalement lusophone, elle s’est laissée aller – certainement en toute sincérité – à un véritable plaidoyer en faveur d’un Luxembourg terre d’immigration. Jusqu’à affirmer que la perspective d’une population majoritairement étrangère en 2030 « ne nous effraie pas ».

C’est après avoir rappelé la balance démographique négative de l’Union européenne que la ministre a souligné que les nouvelles vagues d’immigration sont nécessaires au maintien de l’économie du vieux continent. Cette fois-ci, elles viendront de beaucoup plus loin : d’Afrique et d’Asie. Le projet de loi en question servira notamment à favoriser leur « intégration ».

Pourtant, certaines personnes venant d’autres continents, aux cultures prétendument si différentes de la nôtre, n’ont pas attendu une loi pour s’intégrer parfaitement dans la société luxembourgeoise. Le gouvernement et ses fonctionnaires n’ont, pour leur part, pas attendu longtemps pour les expulser : le même jour où Jacobs faisait l’éloge de l’immigration, plusieurs associations (Asti, ACAT et ASTM) ont manifesté place Clairefontaine contre le refoulement de trois Nigérians qui allaient être expulsés le lendemain (l’administration préférant parler « d’éloignement », cela doit soulager la conscience de ses exécutants).

Car voilà : les services du ministère de l’immigration, dirigés par Nicolas Schmit, le « Luc Frieden » socialiste, semblent avoir rouvert une chasse aux réfugiés, inaugurée cette semaine. Pourtant, ces personnes expulsées jeudi matin sont des modèles d’intégration. Par exemple, Tope Ossimor, 22 ans, qui parle français et luxembourgeois, fréquentait le Centre national de formation professionnelle et s’était engagé dans divers projets, comme le « Go4Lunch ». Il est arrivé au Luxembourg en 2003, après que son père ait été abattu. Apparemment, cela n’a pas suffi à Schmit et ses collaborateurs. De plus, lorsqu’il a appris la décision du ministère, Ossimor, de santé fragile, a été victime d’un malaise cardiaque. Alors qu’Ossimor a été hospitalisé deux jours durant, Schmit n’y voit qu’une manoeuvre pour éviter l’expulsion. De toute manière, ses services, selon le « Journal », n’auraient que très difficilement pu vérifier la véracité des raisons invoquées par Tope Ossimor, Victor Akpala et Mathias Jonas.

Mais le pire, c’est que ces refoulements sont rendus possibles grâce à un accord entre le Luxembourg et la puissance pétrolifère du Nigéria. Officiellement démocratique, ce pays n’est pas un havre de paix. Guerres civiles dans certaines parties du pays, application de la charia dans les Etats musulmans du nord, arrestations arbitraires et meurtres d’opposants politiques font partie du quotidien du cet Etat d’Afrique occidentale. L’accord ne serait pas très formalisé, comme le rapporte le « Quotidien », mais il s’agirait plutôt, des dires de Schmit, d’un « gentlemen’s agreement ». De beaux gentlemen en effet ! Juste que dans cette affaire, les gentlemen ne sont ni au gouvernement à Lagos, ni à Luxembourg. Mais dans les charters.


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