ÉLECTIONS: Un outil utile

L’étude sur les élections de 2009 élaborée par l’université du Luxembourg ne porte pas que sur le comportement électoral de la population : c’est aussi une étude sociologique.

L’équipe autour de Philippe Poirier, politologue et coordinateur du Programme gouvernance européenne de l’université du Luxembourg, ne cache pas sa fierté en affirmant que le Luxembourg fait partie du club assez restreint des pays à consacrer une analyse aussi détaillée à ses élections. C’est la troisième fois que la Chambre des députés mandate des chercheurs afin de décrypter les diverses facettes qui ont accompagné l’ensemble des consultations électorales, aussi bien législatives qu’européennes. La présentation de l’étude à la presse ce lundi, qui a fait suite à la présentation au Bureau de la Chambre des députés vendredi dernier, fut convoquée assez rapidement : peut-être auraient-ils pu attendre quelques jours de plus, car l’ensemble de l’étude (500 pages) ne sera disponible qu’à partir du 1er février. De quoi alimenter le suspense au sein des centrales politiques. Et cette étude les intéressera d’autant plus que le hasard du calendrier a placé sa publication quelques mois avant l’échéance des élections communales d’octobre.

Les indications peuvent en effet être précieuses, et si elles n’étonnent pas vraiment le militant averti, elles confirment néanmoins un certain nombre de tendances. Au niveau de la communication par exemple. En 2009, internet a constitué la principale source d’information politique pour 36,5 pour cent – une augmentation de 22 % par rapport à 2004. Par contre, 23,5 % des sondés ont admis s’être principalement informés lors de réunions publiques. La proportion semble relativement élevée, étant donné qu’en 2009, les partis avaient modéré leurs réunions réputées pour attirer de moins en moins de monde. Il se peut toutefois que l’effet « Juncker on tour » ait joué. Il est à l’heure actuelle la seule personnalité politique capable de mobiliser les foules – même au-delà des clivages partisans.

Une autre donnée intéressante est à placer dans le contexte des élections communales. Si l’étude démontre que les électeurs étrangers partagent grosso modo le comportement électoral des citoyens Luxembourgeois, une ventilation par nationalité fournit des informations peu soupçonnées. Ainsi, l’on découvre que les citoyens portugais forment la communauté la plus ancrée à gauche, rompant ainsi avec le cliché les voulant encore plus conservateurs que les Luxembourgeois en raison de l’origine rurale et catholique des travailleurs émigrés d’un pays jadis sous la férule d’une dictature. Ainsi, le LSAP récolte parmi eux environ 25 % (un peu plus que le CSV), les Verts 20 %, déi Lénk 10 % et le KPL 5 %. Si cela correspond à une tendance au Portugal où les électeurs ont majoritairement voté pour les socialistes, le Bloc de Gauche ou le Parti communiste, cela indique également que une certaine conscience de classe continue bel et bien à influencer les choix politiques.

Une tendance aux antipodes de l’électorat luxembourgeois traditionnel, qualifié de « vieillissant, inquiet et fonctionnarisé », mais qui, comme le mouton son berger, maintient une grande confiance envers les institutions nationales et l’Etat tout en se « désillusionnant » peu à peu de l’Union européenne. Néanmoins, d’un point de vue sociologique, l’étude apporte des indications qu’il conviendra d’analyser en profondeur : les partis récoltant majoritairement des suffrages parmi la population active sont le DP, les Verts et déi Lénk, tandis que le CSV, le LSAP, l’ADR et le KPL recueillent majoritairement des suffrages parmi la population non active. Une raison de plus d’attendre fébrilement la publication de l’étude dans son entièreté, car en plus de constituer une analyse du comportement électoral du pays, elle remplit la fonction d’étude sociologique, comblant ainsi une faille importante des sciences humaines du Luxembourg.


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