ROSCHDY ZEM: Le meurtrier n’est pas (toujours) le jardinier

Contre-enquête sur un fait divers sanglant, « Omar m’a tuer » est avant tout un film à thèse sans vraie thèse. Même s’il dénonce justement le racisme institutionnel français.

Sa vie est en train de basculer à tout jamais…

En juin 1991, Omar Raddad, jardinier d’origine marocaine, est accusé d’avoir massacré sa patronne, Ghislaine Marchal, une riche héritière. L’enquête policière se base sur un seul indice qui suffit à conduire Raddad en prison : les fameux mots « Omar m’a tuer », que la victime aurait écrits avec son propre sang sur la porte de la pièce où elle a été assassinée, juste avant de succomber aux coups de cisaille qu’Omar lui aurait porté.

Si l’inculpé est loin d’être un citoyen modèle, notamment à cause de son faible pour le casino où il perd régulièrement de l’argent, ce qui lui fait souvent demander des avances à sa patronne, rien – excepté l’inscription devenue tristement célèbre et le fait qu’il soit un pauvre marocain – ne le désigne comme coupable. Mais pour les autorités françaises, l’histoire du jardinier meurtrier est trop belle pour être écartée. C’est pourquoi ils vont tout mettre en oeuvre pour faire de lui un coupable idéal au prix même de tordre les preuves, voire de les falsifier. Des rapports de médecins légistes qui sont soudainement antidatés – les premiers innocentant Omar Raddad – en passant par l’expulsion impromptue d’un témoin important, qui avait le malheur d’être un sans-papiers, jusqu’aux fausses allégations qui font de lui un proxénète, tout est fait pour construire un coupable idéal. Et de l’autre côté, aucune autre piste n’est exploitée et les indices qui l’innocentent, comme ses habits qui ne portent aucune trace de sang, les restes de terre relevés sur ses chaussures qui démontrent qu’il n’était même pas présent le jour du meurtre, sont systématiquement ignorés. Le tout est simplifié par la personnalité de l’inculpé : arrivé en France à l’âge de six ans, il n’a pourtant jamais appris la langue et est resté sa vie durant un illettré. Ce qui fait qu’il ne sait même pas lire l’inscription qui l’a menée derrière les barreaux. La conséquence de ce feuilleton qui a tenu en haleine la France entière pendant plus d’une décennie est connue : d’abord condamné à 18 ans de prison, Raddad est gracié par le président Chirac mais jamais innocenté. La justice refuse toujours de comparer son ADN à un autre – masculin et inconnu – trouvé sur les lieux du crime, prouvant ainsi une mauvaise foi qui vire à l’obstination.

Si le film de Roschdy Zem montre bien la partie où l’appareil d’Etat français se construit un coupable idéal en jouant sur les plus bas instincts populistes, il ne livre aucune nouvelle piste. Pourtant, il joue sur plusieurs niveaux, montrant d’un côté les faits après l’arrestation d’Omar Raddad et de l’autre, l’enquête menée par l’écrivain Jean-Marie Rouart, qui a d’ailleurs été condamné pour diffamation pour son livre : « Omar, la construction d’un coupable ». Mais ni cela, ni même le focus mis sur l’avocat de la défense – qui n’est autre que Jacques Vergès – ne peuvent ajouter du nouveau dans l’affaire. Car tous les efforts entrepris pour trouver une autre piste, même par la défense, ne mènent finalement nulle part. Les fronts ne bougent pas en somme, même avec cette mise en abîme, pourtant habile.

En somme, « Omar m’a tuer » aurait fait un excellent téléfilm mais ce n’est pas du grand cinéma. Dommage, car les acteurs, et avant tout Samy Bouajila dans le rôle d’Omar ainsi que Denis Polydadès en Jean-Marie Rouart, sont excellents.

A l’Utopia


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