PASCAL RABATÉ: Monde sans paroles

« Ni à vendre, ni à louer » n’est pas un film d’aventure. Il peint plutôt des situations absolument triviales, qui par moments font surgir une profonde mélancolie.

Les vacances, ce n’est pas pour tout le monde – elles font souvent jaillir les problèmes de couple.

C’est le littoral atlantique qui est le décor principal de « Ni à vendre, ni à louer ». Ici se croisent, un weekend de printemps, non seulement des retraités, qui se rendent dans leur petite résidence secondaire, une maisonnette pas plus grande qu’un matelas, mais aussi un couple de lesbiennes, dormant sur la plage, un représentant ayant rendez-vous avec une maîtresse sado-maso dans un hôtel du bord de mer où logent aussi deux couples dont l’existence sera bouleversée au cours de l’histoire. Finalement il y a aussi une famille scoute, un ordonnateur de pompes funèbres qui a le hoquet, un enterrement et des plages abandonnées.

Des instants simples qui sont au centre du petit chef-d’oeuvre « Ni à vendre, ni à louer » du réalisateur français Pascal Rabaté. Ceci n’est pas surprenant, étant donné que Rabaté est aussi un dessinateur assez reconnu de bande dessinée. Ses BD révèlent des univers très variés entre réalisme et grotesque. Pour son film, Rabaté s’est inspiré de la technique de BD où l’image prédomine le texte. Ainsi, « Ni à vendre, ni à louer » fonctionne comme un slapstick presque sans dialogues – juste musiques et bruits incongrus dans l’arrière-fond qui accompagnent les personnages. Rabaté semble avoir repris les plans cadrés ainsi que les images minimalistes, intenses en couleur – rappellant les années 1950 – caractéristiques des BD.

Mais « Ni à vendre, ni à louer » semble aussi être une référence immédiate au fameux film muet de Jacques Tati « Les vacances de Monsieur Hulot ». Partageant un même point de vue stylistique, mais aussi une même ambition : Ainsi, « Ni à vendre, ni à louer » est un chef d’oeuvre d’observation de situations tout à fait triviales et d’évocations humoristiques des loisirs populaires soulignés par le fait que la scène, le littoral de la petite cité balnéaire, est passablement désolé.

Cet aspect de vide pose un cadre idéal pour parler de la désolation humaine et sociale ainsi que de la difficulté à communiquer ou à vivre ensemble. En général, ce sont surtout les vacances qui font ressortir tous les problèmes de couple. Du coup, derrière les gags des personnages et la poésie de ce week-end de dolce farniente, on sent jaillir une profonde mélancolie : Celle de la retraitée qui console sa frustration en feuilletant un dépliant érotique, celle d’une autre, réduite à l’état d’objet par un mari autoritaire, celle d’un caissier travaillant dans un supermarché vide ou celle d’un époux dont toute la vie tient dans un cerf-volant.

Même si le film traîne parfois en longueur, il paraît comme une suite de petites scènes idylliques derrière lesquelles la réalité est beaucoup plus complexe. Un film à voir, rafraîchissant par son style insolite.

A l’Utopia


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