FESTIVAL DES MIGRATIONS: La grande rencontre

von | 15.03.2012

Il fait partie de l’histoire récente du pays : ce week-end, le Festival des migrations ouvrira ses portes pour la 29e fois. Voici un petit aperçu de cette rencontre plus large mais un peu moins militante qu’à ses débuts.

Dans une interview accordée au mensuel Forum de l’année 2009, à l’occasion du 30e anniversaire de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés (Asti), son ancien président, Serge Kollwelter, rapportait cette anecdote à propos du Festival de l’immigration : « Je me rappelle à ce sujet la remarque d’un politicien lors du 2e Festival en 1982 sur la place Guillaume : `Quelle belle fête, dommage qu’il y ait ce caractère politique.‘ Je lui ai répondu que, sans le politique, il n’y aurait pas cette fête. » Exactement 30 ans plus tard, le rendez-vous désormais traditionnel aura à nouveau lieu, comme toujours durant le weekend précédent l’équinoxe de printemps. Le festival a ses aficionados. Des gens qui, depuis sa première édition en 1981, ne rateraient pour rien au monde l’« Astisfest », comme l’appellent encore les vieux de la vieille. Car en effet, avant de passer le relais au CLAE, la confédération regroupant les associations d’étrangers, c’est l’Asti qui chapeautait l’évènement. Et depuis sa création, le festival est en quelque sorte le grand rendez-vous du milieu militant : associatif et même politique. Le tout dans une ambiance festive.

En plein air sur la place Guillaume d’abord, dans les halles Victor Hugo au Limpertsberg ensuite pour atterrir finalement à la Luxexpo au Kirchberg, le festival n’a pas uniquement fait que changer de lieu. Aurait-il peu à peu changé de nature ? Aurait-il tronqué son caractère revendicatif en échange d’une ouverture vers un public plus large ? Le festival serait-il devenu une foire commerciale de plus, un « bazar alternatif » ? Il est vrai que les premières éditions étaient bien moins oecuméniques : dans les années 80, les associations qui désiraient être présentes avec un stand devaient alors souscrire à la revendication de l’octroi du droit de vote aux étrangers. De nos jours, il serait difficilement imaginable que tous les stands présents puissent unanimement se mettre d’accord sur un seul point. D’autant plus que bon nombre d’entre eux se limitent à des activités folkloriques des pays respectifs que ces associations représentent.

Pas de fête sans politique

Il serait toutefois injuste de considérer que le festival aurait perdu tout caractère politique. Il constitue également une plateforme permettant à diverses organisations ou partis politiques d’organiser des conférences sur les sujets les plus divers. Et pas forcément les plus consensuels : ainsi, l’Amistad Luxemburgo-Cuba et le « Comité Liberté pour les Cinq » y invite samedi (voir pages Agenda) le journaliste et politologue français Samir Lamrani, jeune spécialis-te de la plus grande île des Antilles et qui tient un discours différent sur Cuba. Le même jour, un peu plus tard (16h30), c’est l’association « Vie Nouvelle » (chrétiens progressistes) qui propose une conférence sur un sujet d’actualité : « La xénophobie doit-elle… nous faire peur ? Migrations, peur de l’autre et politiques ».

A propos d’actualité, l’on reste un peu perplexe. Si d’un côté, l’Olai (Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration) assurera des permanences d’information, on se demande où sont passées des actions plus critiques face au resserrement de vis de la politique d’asile du gouvernement. Qu’il s’agisse du traitement infligé aux Roms ou bien aux demandeurs d’asile en général qui viennent de voir leur aide sociale réduite dras-tiquement par le ministère de la Famille (voir woxx 1151), pour ne citer que quelques exemples, l’on se demande si le festival ne devrait pas servir de plateforme plus militante. Par les temps qui courent, il devient de plus en plus difficile de louer les vertus des migrations et de s’assurer la collaboration des institutions gouvernementales. Est-ce le prix à payer pour assurer la pérennité du festival ? Nous reviendrons sur la question la semaine prochaine.

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