RÉFORME SCOLAIRE: Débrayage

Dans leur bras de fer avec le ministère de l’éducation nationale, le rapport de force semble être favorable aux enseignants et à leurs syndicats. Afin d’éviter une bérézina annoncée, le gouvernement devra les prendre bien plus au sérieux.

« Depuis 2009, j’ai consacré 144 réunions à la discussion des propositions de réforme, que ce soit avec les délégations des lycées, les représentants de syndicats, les membres des commissions nationales de programme, les collèges des directeurs et les membres des différents comités de pilotage, sans parler des nombreuses réunions avec les élèves, les parents d’élèves ou encore la présentation du projet à la REEL ». A l’instar de cette réponse aux délégations des 29 établissements du secondaire classique et technique, la ministre de l’éducation nationale, Mady Delvaux-Stehres, tente depuis des mois de se justifier de la sorte, mettant en avant sa volonté et sa capacité de dialogue. Toutefois, tout porte à croire que ce dialogue est à sens unique. Et a mené à un échec cuisant. Comment interpréter différemment la mobilisation massive des enseignant-e-s qui a eu lieu ce jeudi et à laquelle ont appelé non seulement l’ensemble des syndicats, mais aussi 22 commissions nationales des programmes ainsi que 28 délégations des différents établissements. Pour couronner le tout, le Landesverband et l’association des chargé-e-s de cours ont appelé les 2.000 chargé-e-s à participer à la manifestation. On a vu dialogue plus fructueux.

Recul ministériel, offensive syndicale

Même les Verts, qui ont joué jusqu’à présent le rôle de force d’appoint potentielle, partageant les objectifs de la réforme tout en en critiquant un certain nombre d’aspects, viennent cette semaine d’apporter leur soutien à une série de revendications syndicales, notamment celle de la mise à plat de la réforme. Une mise à plat que la ministre a d’ailleurs annoncé : elle s’est donné une année supplémentaire pour consulter syndicats, élèves et enseignant-e-s avant de déposer définitivement un avant-projet de loi au mois d’avril 2013. Un débrayage salué par les syndicats qui se félicitent que leur pression ait porté ses fruits. Mais, comme ils le rappellent dans un communiqué de presse conjoint : « Les enseignants n’ont aucune raison de désarmer ; ils savent que l’école publique et le cadre de leur profession sont sérieusement menacés. »

De toute évidence, si la ministre veut finaliser sa « réforme du siècle », il ne lui reste plus beaucoup de temps : son mandat expire au plus tard en juin 2014 et son maintien au gouvernement n’est rien moins que garanti. Ni d’ailleurs celui de son parti, dont le bilan comportera en plus la manipulation de l’index, la réforme de la fonction publique et celle du système de retraite – n’est garanti. A propos de parti : lâchée par le partenaire de coalition, il n’y a guère plus que le LSAP qui semble la soutenir. Et encore : dans un communiqué, la fraction parlementaire socialiste déclare ne pas vouloir interférer dans le dialogue entre la ministre et les syndicats et elle déclare soutenir « les idées principales de la réforme ».

A l’instar des syndicats, les Verts reprochent à la ministre de ne pas avoir « daigné nécessaire de changer ni son approche envers les acteurs, ni son calendrier, ni le contenu de la réforme ni même sa stratégie de communication catastrophique ». Et en effet, les stratèges du ministère ont peut-être surestimé le sentiment de défiance de la population envers le corps enseignant, pensant pouvoir passer en force une réforme, forcément populaire car ostensiblement dirigée à l’encontre d’une partie de la fonction publique. Le ministère a aussi certainement mal interprété le concept de dialogue : au lieu d’inclure les enseignant-e-s dans le processus de réforme en prenant en compte leurs propositions, il s’est contenté d’écouter… et de continuer sur sa propre voie. Mais tout n’est peut-être pas encore perdu : après les vacances de Pâques, la ministre envisage de proposer aux délégations des enseignants un échéancier « permettant de structurer la discussion ». Peut-être aurait-elle dû commencer par s’y prendre ainsi.


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