MICHAEL WINTERBOTTOM: Romeo must die

Dans « Trishna », le réalisateur Michael Winterbottom transfère le classique « Tess of the Urbervilles » d’Oliver Hardy en Inde et joue sur le système des castes qui organise le traitement inhumain des femmes et des pauvres.

L’amour ne peut pas vaincre les dissensions sociales.

Même si l’Inde s’apprête à jouer un rôle prépondérant dans l’économie globalisée, elle reste aussi un pays extrêmement pauvre, où les différences entre les classes sociales sont depuis toujours réglées par le système des castes, que personne ne met en question. Certes, la constitution indienne interdit cette discrimination sur le papier, mais en réalité les interdits religieux persistent. Comme partout ailleurs, la globalisation donne naissance à un petit nombre de gagnants, qui vivent dans une richesse démesurée et une grande masse de perdants, délaissés, qui vivent dans la précarité et qui – au cas où une de leurs maigres ressources disparaissaient – ne sauraient pas comment continuer. C’est ce qui arrive à la famille de Trishna, qui vit dans un petit bled du Rajasthan, lorsque le père de famille, par un effet combiné de surmenage et d’abus d’alcool, provoque un accident grave avec son taxi, le boulot qui nourrissait sa famille nombreuse. Mais heureusement que sa fille la plus âgée, Trishna, a fait la connaissance de Jay, un riche héritier de plusieurs complexes hôteliers de la région. Lorsqu’il apprend le malheur qui frappe la famille, Jay offre un travail à Trishna dans un de ses hôtels à Jaipur. Son offre n’est pas dénuée d’arrière-pensées, vu qu’il est tombé amoureux d’elle en l’apercevant danser dans un de ses hôtels, quelques semaines auparavant.

Et ainsi commence une romance entre les deux jeunes issus de milieux inégaux. Le problème est que leurs inégalités transparaissent dans leur relation et tandis que Trishna commence à se révolter contre son sort, Jay devient de plus en plus macho, jusqu’à en devenir insoutenable.

Certes, Michael Winterbottom s’est inspiré du roman de Hardy pour son film, mais cela n’empêche pas « Trishna » d’être aussi une énième relecture de Roméo et Juliette, les différences sociales entre les deux amants en plus. Pour son film, le réalisateur échappe à l’exotisme dans lequel aiment plonger les artistes occidentaux quand ils évoquent le subcontinent indien dans leurs oeuvres. Ici, pas de romantisme de ghetto, mais une réalité capitaliste dure qui détruit petit à petit l’amour des deux protagonistes, jusqu’à la fin inéluctable. C’est surtout la mutation de Jay qui impressionne : du jeune homme à la limite timide et prêt à sauter toutes les barrières pour sa dulcinée, il ne subsiste qu’un pseudo-patriarche qui fume du haschisch à longueur de journée et qui traite tout le monde autour de lui comme des esclaves, y compris Trishna.

De plus, Winterbottom ne se limite pas à l’histoire de Trishna et Jay, mais montre la société indienne telle qu’elle fonctionne de nos jours : des ghettos les plus pauvres aux alentours de Bombay, à la haute société en passant par les coulisses de Bollywood. Car la danse et la musique ont aussi une place importante dans « Trishna » comme dans toute l’Inde.

En somme « Trishna » est avant tout un film beau à voir, pour ses vues de l’Inde qui échappent aux clichés et pour une histoire rapportée de façon concise et sans trop de longueurs.

A l’Utopia.


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