ROCK: Second saint

Après Lou Reed au début de l’année, c’est au tour de John Cale, le numéro deux des Velvet Underground, de faire escale à la Rockhal.

Toujours pas fatigué :
John Cale.

Probablement qu’un hasard du calendrier, cette double visitation de deux membres d’un des groupes les plus influents du 20e siècle – et bien au-delà. On parle bien sûr des Velvet Underground, ce groupe arty, crée de toutes pièces par le magnat de la Pop-Art, Andy Warhol. Du groupe duquel les critiques de l’époque disaient que si « peut-être une vingtaine de personnes étaient présentes à leur premier concert, toutes ont fondé un groupe en sortant de la salle », il ne reste aujourd’hui que des légendes, certaines tristes, comme le sort de Nico, leur chanteuse d’origine allemande, qui après la rupture du groupe, continuait encore pour quelques années, avant de sombrer définitivement dans la drogue.

Mais de tous les membres du Velvet Underground, Reed mis à part, John Cale reste de loin le plus connu et le plus actif. Anglais d’origine – il est né en 1942 d’une mère instructrice et d’un père minier dans le Wales – il fut très vite découvert pour son talent musical à l’alto, sorte de mutant entre le violon et le violoncelle. En 1963, il travaille à New York et fait la rencontre d’un autre John qui va changer la musique pour toujours : le compositeur John Cage, avec lequel il monte une version des « Vexations » d’Erik Satie, une performance de 18 heures. Cette prédisposition à l’expérimentation lui vaut un ticket d’entrée dans le « tout New York » de l’époque. Deux ans plus tard, Cale rencontre Lou Reed et monte avec lui le Velvet Underground, ce groupe légendaire. Si la participation de Cale est surtout marquée par son usage du violon et de l’alto – alors qu’en fait il est le bassiste du groupe -, il va vite finir par s’embrouiller avec Reed et quitter le groupe en 1968, cinq ans avant la rupture définitive du groupe.

Mais la carrière qui l’attend est éclectique et protéiforme. A tour de rôle, Cale sera producteur, arrangeur mais aussi artiste solo pour diverses maisons de disques. Ainsi dans les années 1970, il va être le parrain pour des formations et des artistes comme Squeeze, Patti Smith, Sham 69, The Stooges, The Modern Lovers ou encore Siouxsie and The Banshees. On le voit, John Cale est un musicien qui a compris comment la musique évoluait et pendant que le monde entier se ruait sur le punk, il se préoccupait déjà de la New Wave. Une perspicacité qui ne s’entend pas toujours sur ses albums solo d’ailleurs, alors que les premiers sont plutôt orientés vers le folk – il a produit aussi le grand barde tragique anglais Nick Drake – il se tourne plus tard vers le post punk. Sa chanson la plus connue reste probablement sa reprise de « Heartbreak Hotel » d’Elvis Presley, aussi inattendue que magistrale. A ce moment, il collabore entre autres avec Brian Eno et Kevin Ayers, ce qui explique peut-être un peu ce son écartelé entre classicisme, rock et New Age.

Tandis que les années 1980 sont plutôt marquées par un retour aux compositions classiques – beaucoup de BO de films d’ailleurs – c’est dans la décennie suivante que l’auteur John Cale reprend forme, mais par un détour aux sources. Car en 1992, les Velvet Underground se reforment le temps d’une tournée, juste pour se séparer à nouveau définitivement.

Cale continue pourtant sur sa lancée en publiant album sur album durant les années 2000, avec le dernier en date « Shifty Adventures in Nookie Wood » de 2012. Donc, certes, Cale n’a pas l’aura d’un Lou Reed, il est plus discret et plus retenu, mais peut-être est-ce justement cela qui lui a évité de produire des bourdes comme son ancien compagnon l’a fait récemment en enregistrant un album avec les ploucs de Metallica. En tout cas, une bonne soirée à la Rockhal est en vue.

A la Rockhal, ce dimanche 21 octobre.


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