DAVID AYER: L.A. rouge sang

« End of Watch » ne fait pas de compromis : dans un style pseudo-documentaire, il révèle les côtés obscurs de Los Angeles – sans pourtant pouvoir se séparer du schéma traditionnel du héros à l’américaine.

N’est pas près de disparaître de nos écrans : le héros à la sauce américaine.

Dans l’imaginaire collectif nourri par la machine Hollywood, la ville de Los Angeles a toujours été dangereuse et excitante. Gangrénée par la mafia, menée par des politiciens véreux et contrôlée par des flics ripoux, la cité des anges est un enfer sur terre où se perdent les jeunes naïfs dans leur quête d’aventure et de gloire. Cette image, qu’on doit par exemple à des classiques comme « L.A. Confidential », d’après le roman de James Ellroy, magistralement mis en scène par Curtis Hanson en 1997, ou encore « Gangster Squad », qui sera bientôt sur nos écrans, n’est définitivement pas celle que le réalisateur David Ayer avait en tête pour « End of Watch ». Certes, il y a de la mafia, de la violence et des drogues dans le film – mais le tout sans la gloire, sans la romance hollywoodienne.

Dans « End of Watch », c’est la violence quotidienne qui domine et non pas une grande conspiration criminelle. Le film se joue dans le Los Angeles des quartiers pauvres comme South Central, Curbside, Compton ou encore Watts, tristement célèbre pour les émeutes de 1965 et de 1992. Dans ces quartiers, la mafia mexicaine se bat contre les gangs de Noirs pour le contrôle du commerce illicite, de la traite humaine et de la prostitution. Au milieu de cette guerre sans merci patrouillent nos deux héros, Brian et Miguel. Simples policiers, ils sont le plus souvent les premiers sur place quand une fusillade éclate ou quand un deal tourne mal. Parfaitement conscients que leur boulot est un des plus dangereux des Etats-Unis – « Un policier américain normal tire autant de fois dans toute sa carrière que nous dans une semaine », dit Brian – ils en sont plutôt fiers. Car ce danger les arrange : à Brian, qui est un ancien soldat d’élite, il permet de ne pas tomber dans un vide en restant sur le champ de bataille ; Miguel, en tant qu’immigré mexicain, y trouve une gratification en s’engageant corps et âme pour sa nouvelle patrie. Et comme l’exige la tradition des héros américains, tous les deux sont aussi en train de fonder une famille,.

Tout pourrait être parfait, si seulement un jour, au cours d’une patrouille ils n’avaient pas fait une découverte macabre : une maison apparemment abandonnée dans laquelle sont enfermés des migrants clandestins, que la mafia mexicaine utilise comme esclaves, et dans la cave, les restes des corps des récalcitrants, décapités et prêts à disparaître sous une couche de béton fraîche. Ajoutez-y deux ou trois arrestations opportunes de caïds mexicains locaux et vous comprendrez bien pourquoi Brian et Miguel deviennent assez vite la cible de cette nouvelle pègre qui livre une guerre sans merci à tous ceux qui osent s’opposer à sa loi.

On peut féliciter le réalisateur David Ayer d’avoir tenté de démystifier Los Angeles et de montrer l’horreur quotidienne pas glam pour un sou, notamment en recourant à un procédé pseudo-documentaire : une bonne partie des images proviennent des acteurs eux-mêmes qui portent des caméras au corps pour un projet de documentaire fictif. Toutefois, il ne réussit pas à se débarrasser du carcan très américain du héros, père de famille, maniant le flingue et la carabine, protecteur de la veuve, de l’orphelin et des valeurs profondes de l’Amérique. Ainsi, la fin de « End of Watch » devient une surenchère qu’on aurait pu s’épargner. Ce qui n’empêche pourtant pas le film d’avoir des qualités, notamment grâce à son duo d’acteurs (Jake Gyllenhaal et Michael Pena) qui savent scotcher le spectateur à l’écran pendant les 120 minutes que dure « End of Watch ».

A l’Utopolis.


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