Moins longue et moins bien organisĂ©e que celle de 2001, la nouvelle vague de rĂ©gularisations lancĂ©e par Nicolas Schmit suscite l’espoir de celles et de ceux qui n’osaient plus y croire – mais elle fera aussi des oubliĂ©s.

La montagne de la paperasse : une des corvées qui attendent celles et ceux qui veulent se régulariser.
S’il existe un Ă©lĂ©ment qui a Ă©tĂ© mieux pensĂ© pour la rĂ©gularisation de 2013 que pour celle de 2001, il s’agit bien des arrangements avec le patronat. Car, comme on a pu l’Ă©crire la semaine dernière, les patrons qui se mettent en règle entre le 2 janvier et le 28 fĂ©vrier n’ont aucune poursuite Ă craindre. En 2001, beaucoup de rĂ©gularisations n’avaient pas abouties, car les patrons qui employaient des sans-papiers rĂ©pugnaient Ă l’idĂ©e de les dĂ©clarer par peur de sanctions pĂ©nales, mĂŞme si des amĂ©nagements existaient. Et de plus, mĂŞme s’ils faisaient le pas envers une rĂ©gularisation de leurs salariĂ©s, l’Etat exigeait toujours le paiment des arriĂ©rĂ©s de la SĂ©curitĂ© Sociale. Ce n’est pas le cas en 2013, oĂą le « coup d’Ă©ponge » de Nicolas Schmit permet aux patrons de s’en sortir indemnes, s’ils acceptent les conditions et accordent un CDI payĂ© au salaire social minimum Ă leurs employĂ©s qu’ils souhaitent rĂ©gulariser.
Mais apparemment, mĂŞme les assurances du ministre ne suffisent pas totalement Ă calmer le patronat : « Qu’on ne dise pas que l’Asti se met du cĂ´tĂ© des patrons », insistait la prĂ©sidente de l’Asti, Laura Zuccoli, lors d’une confĂ©rence de presse ce mardi. « Mais le fait que cette rĂ©gularisation n’ait aucune base lĂ©gale en inquète plus d’un. C’est pourquoi nous sommes en train de rĂ©diger un dĂ©pliant s’adressant aux employeur. De toute façon, ce ne sont pas que des `patrons-voyous‘ qui veulent profiter de la mesure, mais aussi des dirigeants qui n’ont pas pu rĂ©gulariser leurs employĂ©s – parce que le ministère le refusait jusqu’ici. Il s’agit surtout des gens employĂ©s dans le secteur des soins Ă domicile ou dans l’agriculture. »
En effet, c’est une simple note de service du ministère qui a mis en branle la machine Ă rĂ©gulariser. Et l’Asti de se poser la question pourquoi cette mesure exceptionnelle n’a pas Ă©tĂ© inscrite dans la loi 6404, qui règle l‘ « emploi des ressortissants de pays tiers en sĂ©jour irrĂ©gulier ». Une critique qui a d’ailleurs aussi Ă©tĂ© faite en 2001, oĂą une motion de la Chambre Ă©tait Ă la base des rĂ©gularisations. Le woxx Ă©crivait Ă l’Ă©poque : « Le hic (?) c’est que le recours en cas de refus ne peut pas faire valoir les critères de rĂ©gularisation car ceux-ci n’ont pas de base lĂ©gale » (no 648). Une situation qui risque de se rĂ©pĂ©ter en 2013, d’autant plus qu’après la brève pĂ©riode de « trève » dĂ©clarĂ©e par le ministre du travail et de l’immigration, un autre passage de la loi sur l’immigration disparaĂ®tra : l’article 89, qui stipule la rĂ©gularisation par le travail. Certes, la durĂ©e de travail obligatoire pour se faire lĂ©galiser – huit ans – Ă©tait dĂ©mesurĂ©e, mais les ONG comme l’Asti ou le Clae auraient prĂ©fĂ©rĂ© voir ramenĂ©e cette durĂ©e vers cinq ans, plutĂ´t que de voir s’Ă©vanouir cette possibilitĂ©.
Après février, la régularisation par le travail disparaîtra.
Pourtant, le ministère ne semble pas vouloir cĂ©der sur cet aspect : la rĂ©gularisation pour motif exceptionnel du ressortissant de pays tiers qui rapporte la preuve par tout moyen qu’il a sĂ©journĂ© de façon continue sur le territoire sera supprimĂ©e dans le cadre d’une « harmonisation » europĂ©enne, en d’autres termes, la transcription d’une directive sur le travail immigrĂ© irrĂ©gulier dans le droit luxembourgeois. Cette directive est très stricte – un renforcement personnel de l’Inspection du travail et des mines par cinq nouveaux collaborateurs est prĂ©vu. Le ministère n’a pas vraiment eu le choix, et a juste pu faire prĂ©cĂ©der l’entrĂ©e en vigueur de cette rĂ©forme par la rĂ©gularisation actuelle. En effet, en appliquant la directive telle quelle, beaucoup trop de patrons risquaient de tomber – ce qui en temps de crise n’est jamais un bon signal et aurait mĂŞme risquĂ© d’effrayer les marchĂ©s, chose Ă Ă©viter absolument.
Ainsi, si la rĂ©gularisation semble taillĂ©e sur mesure pour le patronat, elle l’est moins pour les ressortissants de pays tiers. « Certes, beaucoup de gens nous ont dĂ©jĂ contactĂ©s, dont aussi des ambassades, notamment celles de la Chine et du BrĂ©sil. Mais pour les personnes souhaitant se rĂ©gulariser, ce sera un parcours du combattant », commente Zuccoli. Et d’Ă©numĂ©rer les problèmes Ă l’horizon : les dĂ©lais très courts, la paperasse, par exemple les passeports, car que faire si le ministère de l’immigration a retirĂ© un passeport ? Et puis, beaucoup de dĂ©tails qui n’ont pas Ă©tĂ© clarifiĂ©s, comme la validitĂ© d’un dossier qui ne serait pas encore complet le 28 fĂ©vrier, mais oĂą les documents manquants seraient commandĂ©s Ă des services extĂ©rieurs, comme une ambassade. Ou encore, que faire si le patron ne veut pas embaucher une personne pour 40 heures, mĂŞme s’il paie le salaire social minimum ?
« Dans ce cas, le ministère acceptera le dossier, nous a promis le ministre », explique Zuccoli. Pourtant, l’Asti regrette la politique d’information du ministère du travail : « Au dĂ©but, il n’y avait qu’une note de service d’une page. Après que nous leur avons envoyĂ© un long questionnaire, une nouvelle note de trois pages est apparue. Mais c’est toujours insuffisant, car en 2001, les ministères avaient publiĂ© un grand dĂ©pliant de plusieurs pages expliquant les dĂ©marches Ă suivre. En 2013, nous ferons de nos propres moyens un dĂ©pliant qui sera traduit en plusieurs langues, dont aussi le chinois ». Et de rappeler que si de nombreuses institutions sociales de l’Etat envoient les gens vers la permanence de l’Asti, celle-ci n’a toujours pas de moyens suffisants pour fonctionner sans bĂ©nĂ©voles. Alors que le ministre du travail devrait savoir que l’outsourcing se paie aussi.
Ainsi, la rĂ©gularisation de 2013 aura ses gagnants et ses perdants : celles et ceux qui n’ont pas neuf mois de travail continu Ă prouver, les demandeurs d’asile, mĂŞme ceux qui ont une autorisation de travail temporaire, et bien sĂ»r les cas oĂą le patron ne peut ou ne veut pas les embaucher en CDI. Mais une chose est sĂ»re : après la trève, la chasse aux sans-papiers reprendra de plus belle, ça, le ministre l’a promis.

