SREL: Un brouillard après l’autre

L’audition de l’ancien chef des services secrets nous a permis d’en savoir un peu plus tout en nous laissant sur notre faim. Reste à savoir si certaines de ces déclarations feront office de bombes à retardement.

Ceux qui le connaissent ou ont eu affaire à lui sont unanimes : Marco Mille, l’ancien directeur du Srel, est un homme intègre. Consciencieux dans son travail, il serait sincèrement imprégné du sens de l’Etat de droit et rétif aux barbouzeries qui devaient être monnaie courante dans la « maison » – alors dominée par des militaires en manque de communistes à dégommer. On comprend la mine déconfite de Mille lors de son audition par la commission d’enquête. On l’y vit apparaître perturbé, les traits fatigués. Un homme qui doit se dire qu’il n’a pas fauté, au contraire même, qu’il aurait tout fait pour améliorer une situation malsaine. Un homme qui a finalement échoué dans cette tâche et que l’on voue aux gémonies. Un homme qui en sait beaucoup, qui en sait bien plus évidemment qu’il ne peut pour l’instant révéler. Un homme interrogé par certains députés alors censés contrôler son service dans une commission parlementaire, mais dont on peut douter qu’ils aient brillé dans l’accomplissement de cette tâche. Et qui sont désormais condamnés à rattraper le coup, afin de ne pas trop donner l’impression de l’avoir laissé trop longtemps filer. On regrettera également que la commission d’enquête ait omis de demander à Mille dans quelle mesure le Srel fit appel à des informateurs officieux afin de noyauter les partis, le monde associatif et syndical, voire la presse.

L’audition de Mille cette semaine laisse une impression mitigée. Sur certains points, il est allé plus loin que l’on aurait pu penser, contredisant à la fois lui-même et d’autres acteurs de l’affaire. Par contre, et l’on pouvait s’y attendre, il se tut, du moins en séance publique, sur les questions les plus sensibles. Ce fut notamment le cas concernant la collaboration supposée entre le grand-duc et le MI6 (les services secrets extérieurs britanniques). Question discutée par la suite en huis clos et dont Alex Bodry, président de la commission, a pu entretenir la presse en accord avec Mille. Troublant : Mille y aurait affirmé que durant son entretien enregistré avec le premier ministre et lors duquel il lui faisait part de ses soupçons quant au chef de l’Etat, il ne pensait en fait pas directement à lui mais à son « entourage » et que, réflexion faite, ses soupçons seraient dénués de tout fondement. Faut-il pour autant clore ce dossier, comme l’a laissé entendre Bodry ?

Pour sûr, l’audition du premier ministre Jean-Claude Juncker sera des plus intéressantes car il devra éclaircir la zone d’ombre sur les conditions du licenciement de Mille. Fait nouveau, ce dernier a avancé des raisons supplémentaires à son départ, comme son souhait de s’installer à l’étranger et de voguer vers d’autres horizons professionnels. Que Juncker n’ait pas donné suite, pour employer les mots de Mille, à sa proposition de démissionner, brise également avec la version communément admise, tout comme la date – le 16 décembre 2008 – à laquelle le premier ministre l’aurait informé de sa connaissance de l’enregistrement. Une évaluation juridique devra désormais déterminer s’il y a dans ce cas prescription, ce qui aurait pour conséquence l’arrêt de la procédure d’enquête du parquet et permettrait à la commission d’enquête parlementaire de se pencher sur cette question plus profondément.

Reste à déterminer le caractère illégal d’une demi-douzaine d’écoutes qui auraient été menées sous Mille, comme son successeur Patrick Heck l’affirma la semaine passée. Lors de son audition, il s’est contenté d’indiquer les raisons générales de ces écoutes, dont une aurait été exécutée dans le secteur économique. Depuis hier, selon la radio 100,7, cette écoute aurait concerné, comme on aurait pu s’y attendre, la société Cargolux. Ce qui devrait étendre encore l’affaire Srel à celle de la débâcle de la reprise avortée de la société par le Qatar. Et nous nous retrouverions (voir woxx 1197) dans un imbroglio mêlant services secrets, la Cargolux, la place financière et la gestion gouvernementale de l’opération.


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