QUENTIN TARANTINO: « I like the way you die, boy ! »

Dans « Django Unchained », Quentin Tarantino utilise les codes du « western spaghetti » pour fustiger l’esclavage – un thème toujours tabou outre-Atlantique.

Exploser la tronche à de gros racistes : une jouissance tout à fait typique chez Tarantino.

Ce qui commence par une rencontre fortuite sur un chemin de campagne perdu en plein Texas hivernal, est le début d’une grande, voire mythique, amitié. Quand une bande d’esclavagistes croise le docteur King Shultz, un expatrié allemand, une querelle mortelle éclate et l’esclave Django – tout comme ses compagnons d’infortune – se retrouvent libérés. Mais vu que Django connaît les frères Brittle, ceux-là même que le chasseur de primes Shultz veut à tout prix abattre, les deux hommes s’associent. Après l’accomplissement de cette première mission, Shultz, dans un élan de romantisme germanique, promet à Django de l’aider à retrouver son épouse, qui a été séparée de lui et vendue à un esclavagiste du Mississippi après leur tentative de fuite commune. En effet, il voit dans Broomhilda une Brunhilde moderne qui doit être libérée par Django, le nouveau Siegfried. Ce qui va leur réussir après une lutte épique contre le nouveau propriétaire de Broomhilda, un exploitant d’une plantation de coton du nom de Calvin J. Candy – qui vit dans sa propriété de Candyland?

« J’ai toujours été orienté vers l’idée du hip-hop », confessait Quentin Tarantino dans une interview récente sur « Django Unchained ». Et c’est vrai, le style particulier de Tarantino implique depuis longtemps l’idée du sampling, qui est aussi à la base du hip-hop : on pique des morceaux de ce qu’on aime et on en fait quelque chose de nouveau. Son dernier film est au « western spaghetti » ce qu’« Inglourious Basterds » a été au film de guerre. Mais, pourquoi n’a-t-il pas tout simplement piqué dans le western américain ? Une question à laquelle on ne peut répondre qu’à la lumière du genre : le « western spaghetti », donc européen, a brisé les clichés qui dominaient l’original : fini la morale manichéenne entre cowboys civilisés et brutes indigènes, exit les dames honorables et mort au « role model » à l’américaine. Pas étonnant donc que Tarantino ait préféré puiser de ce côté de l’Atlantique.

Pourtant, ce qui est plus atypique, c’est la focalisation sur la question de l’esclavage. Dans le film, le bon Européen King Shultz (Christoph Waltz) est le seul Blanc ouvertement opposé à l’esclavage tandis que le reste de la société – esclaves inclus – semble trouver la situation normale. On a beaucoup critiqué « Django Unchained » sur ce point, tout comme sur l’usage très fréquent du mot « Nigger » (110 fois selon le décompte d’un blogueur). Mais la défense de Tarantino – comme celle de son acteur fétiche Samuel L. Jackson, qui joue un esclave particulièrement proche de son maître Candy (Leonardo Di Caprio, parfaitement détestable), typique du personnage de l’« Oncle Tom » – a été sans équivoque : « Je voulais traiter de l’esclavage parce que cela reste un thème tabou, tant pour les Noirs que pour les Blancs. On m’a reproché que j’aurais pu le faire plus décemment, mais ce n’est pas mon genre. Je ne voulais pas faire dans la victimisation. » Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est réussi. « Django Unchained » donne au spectateur exactement cette satisfaction de vengeance fantasmée qu’il pouvait déjà éprouver dans la scène finale d’« Inglourious Basterds », quand le cinéma dans lequel se trouvent Hitler et sa bande explose. Dans ce sens, l’histoire de Django (Jamie Foxx, magistral) et de sa dulcinée (Kerry Washington) est aussi une leçon d’histoire donnée par monsieur Tarantino en personne – et une leçon amplement méritée. Même si on peut ne pas être d’accord avec la façon dont il traite cette thématique très sensible, il est certain que maintenant du moins, on en parle.

A l’Ariston, CinéBelval, Ciné Waasserhaus, Kursaal, Orion, Prabbeli, Scala, Starlight, Sura, Utopolis.


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