ARNAUD DESPLECHIN: Bric-à-brac

« Jimmy P., Psychotherapy of a Plains Indian » le nouveau film d‘ Arnaud Delsplechin basé sur une histoire vraie, a crée la controverse au festival de Cannes. Pourtant, le résultat est plutôt mou.

Malgré ses images splendides, « Jimmy P. Psychotherapy of a Plains Indian » ne décolle pas vraiment.

En 1945, Jimmy (Benicio del Toro), un indien américain, vient de retourner sur son ranch au Montana après avoir été stationné en France pendant la Seconde guerre mondiale. Une époque dont il ne semble pas être sorti indemne, car assez souvent des maux de tête doublés d’une perte de vue l’affligent. Cependant les analyses faites dans une clinique à Topeka au Kansas ne révèlent pas de cause physique. Est-il schizophrène ? On fait appel à un anthropologue et psychanalyste qui a vécu avec les Indiens Mohaves. Entre alors sur scène Georges Devereux joué par Mathieu Amalric. Selon son diagnostic, Jimmy n?est pas schizophrène mais souffre de son passé et devra rester interné à l’asile. Sa maladie ne semble pas provenir de son stationnement en Europe, où Jimmy n’a tué personne. Les troubles sont plus profonds, les problèmes sont reliés à ses rapports avec les femmes – amantes, soeurs et mère. Le bagage freudien autour du « complexe d’Oedipe » commence à traîner à travers le film.

Une analyse usée et controversée est ressuscitée pour expliquer les troubles de Jimmy. Cette interprétation et la méthode psychanalytique ne sont mises en question à aucun moment du film Au contraire, elles sont présentées comme universellement applicables – comme le défend également Elisabeth Roudinesco, dernièrement, après la sortie du film, dans le Nouvel Observateur.

Le film se base sur le mémoire « Reality and Dreams » (1951) de Devereux. Jimmy n`existe qu’à travers la plume de Devereux. Ainsi, par exemple, la conception indigène plutôt divinatoire des rêves des Blackfoots reste quasiment absente. Elle ne sera mentionnée qu’une fois et aussitôt écartée par Devereux au détour d’une phrase qui deviendra programme (et qui transporte aussi une idée eurocentrique qui imagine la psychanalyse comme science progressive) : « Les Blackfoot pensaient que les rêves prédisent l’avenir. Nous pensons que les rêves éclairent un peu le passé. ». Et miracle, Jimmy intériorise la méthode proposée par Devereux, quand les séances ont déjà bien avancé, celui-ci s’exclame : « Je pourrais parler de mes rêves toute la journée » C’est une assertion bien ironique qui résume le dogmatisme de la psychanalyse : elle crée l?ensorcellement qu’elle veut justement décortiquer à travers la parole.

A part sa relation avec Jimmy, Devereux entretient une autre négligemment dépeinte avec Madeleine (Gina McKee). Une amante qui vient de nulle part et s?évade de la même manière. Tout comme beaucoup d’autres scènes qui semblent découpées par une main arbitraire. Le spectateur peut s’étonner : Qui est cette femme – quelle relation sentimentale entretiennent les deux à côté de quelques pique-niques patauds ? Mais cette affaire passe-temps restera impalpable.

Pourtant le film disposait de certains ingrédients pour venir ensoleiller la rentrée cet automne : des acteurs excellents, des conflits ethniques d’un ordre pas encore traité par le cinéma, des décors splendides. Certains détails intrigants de la biographie de Devereux (né sous le nom de György Dobó en Hongrie) auraient également pu être tracés, comme par exemple sa construction d’une identité française qui trouve son origine dans son aversion pour sa mère qui abominait la France.

Malheureusement, le pot-pourri de conversations sans fil, un montage maladroit, le manque de surprises et de suspense et finalement un manque de profondeur peuvent laisser le spectateur déçu. 

A l’Utopia.


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