LOUISE ARCHAMBAULT: L’amour, tout simplement

Dans « Gabrielle », la réalisatrice québecoise Louise Archambault dresse le portrait touchant de deux jeunes personnes qui, malgré un handicap mental, surmontent toutes les difficultés pour enfin s’aimer.

Même le handicap ne peut pas empêcher de « tomber en amour», comme on dit au Québec.

Gabrielle et Martin sont amoureux. Ils sont tous les deux chanteurs dans une chorale et malgré leur déficience mentale, ils ont un véritable talent. Naturellement, ils explorent leur attirance et leurs sentiments – même si leur entourage ne considère pas leur relation du même oeil. C’est entre les répétitions et les institutions sensées s’occuper d’eux que ces deux jeunes gens vont tant bien que mal écrire leur propre histoire. Leur envie de vivre une relation amoureuse est intimement liée à une envie d’indépendance. Ce qui leur semble évident et on ne peut plus naturel, l’est bien moins aux yeux des autres. La soeur ainée de Gabrielle l’encourage dans sa quête, considèrant que tout un chacun a droit à l’amour, tandis que la mère de Martin s’y oppose.

Louise Archambault s’en prend à un sujet délicat. Sa force réside dans le fait qu’elle ne traite pas le sujet comme problématique, mais qu’elle ne fait que l’aborder en tant qu’observatrice.

Les prises de vue s’apparentent au style documentaire : caméra à la main, images floues, gros plans, cadrage asymétrique. Cette mise en forme renforce le naturel des deux protagonistes. Ils sont parfaitement à l’aise dans leur être tout entier. Rien ne semble faux. Les répétitions à l’identique de certaines prises de vue nous font comprendre que leur quotidien est réglé. Là où l’ennui pourrait apparaître, se manifeste une stabilité qui a pour conséquence la joie de vivre. Les plans rapprochés accentuent les sourires et éclats de rire. D’ailleurs la musique n’est pas juste un moyen de s’épanouir pour Gabrielle et Martin, mais elle englobe le film dans son ensemble. Les paroles des chansons interprétées reflètent le ressenti de Gabrielle et de Martin. Elles collent au plus près de leurs pensées et désirs. Les bruitages qui plantent le décor s’opposent aux silences utilisés pour montrer l’intimité ou la perdition qui risquent de s’abattre sur le jeune couple.

Dans son film, Archambault confronte deux générations à travers ses deux personnages, et met également en lumière que la dépendance des protagonistes est toute relative. La scène de la pâte à tartiner en est un bon exemple ; quelqu’un venu de l’extérieur peut savoir ce qui convient à votre alimentation, pourtant personne ne peut mieux savoir que vous-même ce qu’il est bon d’aimer. La réalisatrice met un certain point d’honneur à défendre le libre arbitre.

Dans son ensemble, le film est extrêmement bien construit jusque dans les nombreux détails. Sa subtilité ne réside pas seulement dans le naturel et dans la simplicité rafraîchissante des personnages, mais dans la réflexion qu’il suscite. Le handicap mental semble être un prétexte à la remise en question du fonctionnement des relations amoureuses en général. Là où les deux protagonistes ne remettent jamais en question leurs sentiments, la réalisatrice suggère que les gens « normaux » se compliquent bien trop la vie. Cette idée sous-jacente est d’ailleurs ce qui rend les personnages aussi touchants ; on ne peut que les envier. Ils s’aiment et cela est amplement suffisant.

A l’Utopia.


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