ALLOCATIONS FAMILIALES: Démantèlement sélectif

La nouvelle ministre de la famille, Corinne Cahen (DP), a annoncé cette semaine une réforme des prestations familiales. Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Dans une interview avec le « Quotidien » de lundi, Corinne Cahen annonce sa volonté de réformer le système des allocations familiales. S’appuyant sur les bases de données de l’OCDE sur la famille et une étude suisse intitulée « Le coût des enfants en Suisse », elle argumente que « l’augmentation des coûts due à l’arrivée d’un enfant n’est pas linéaire, ni proportionnelle et qu’elle est nettement plus faible pour le deuxième et pour le troisième enfant ». Alors que, jusqu’à maintenant, pour un enfant 185,60 euros sont alloués, pour deux enfants 440,72 euros, pour trois enfants 802,74 euros et ainsi de suite, Cahen veut établir une allocation unique individuelle qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2015.

Les réactions sont nombreuses. Le sujet a recueilli environ quatre cents commentaires sur le site internet de RTL, dont pas mal d’injures de mécontents notoires. L’OGBL, quant à lui, a attendu une entrevue avec la ministre pour réagir. Dans son communiqué de presse, le syndicat tient à souligner que les allocations en question « n’ont pas été adaptées au coût de la vie depuis leur désindexation en 2006. A l’époque, une pétition lancée par l’OGBL, soutenue par plus de sept mille signataires, n’avait pas pu stopper le gouvernement Juncker dans sa détermination de désindexer les allocations familiales .» Le syndicat continue: « L’OGBL ne se fermera pas à une discussion sur le sujet pourvu qu’un montant unique individuel soit supérieur au montant actuel pour un enfant. »

La ministre reste dans le flou sur ce point qui, pourtant, représente l’un des enjeux principaux : les allocations familiales luxembourgeoises seraient les plus élevées en Europe et le resteraient même après un changement. Elle ne se prononce pas sur une éventuelle augmentation du montant versé actuellement. Cependant, le calcul est vite fait : une famille avec trois enfants perdrait, sans augmentation de ce montant, 245,94 euros par mois. Voilà donc cette fameuse « sélectivité sociale » dont on a tellement entendu parler ces derniers temps et dont on pouvait croire qu’il s’agirait d’un remède miracle en temps d’austérité. Cependant, une étude de Caritas et de la « Gréng Stëftung » intitulée « Les transferts sociaux en temps de rééquilibrage budgétaire » avait déjà démontré en 2012 qu’une plus grande « sélectivité sociale » n’économiserait que peu d’argent.

L’étude avait, à l’époque, évoqué quatre scénarios possibles pour économiser de l’argent en changeant le système des allocations familiales. Un des scénarios présentés était l’imposition des allocations familiales, qui toucherait plus d’un quart de la population et qui, toujours selon l’étude, permettrait à l’Etat de faire des économies de 36,7 millions d’euros. Dans un second scénario, plus lucratif pour l’Etat, Caritas et « Gréng Stëftung » proposaient de limiter les allocations familiales aux ménages dont le revenu serait en dessous du salaire minimum multiplié par cinq. Un scénario qui rapporterait environ 175 millions d’euros mais qualifié d’« entrave à la cohésion sociale ». Le troisième scénario, une réduction de deux mois de la durée du congé parental, ne rapporterait que 22,7 millions d’euros et ferait augmenter en même temps les dépenses de l’Etat au niveau des chèques-service. Finalement, l’étude évoque l’option des cotisations pour prestations sociales prises en charge par les employeurs. Actuellement, l’Etat prend en charge toutes les cotisations patronales qui permettent le financement des allocations familiales. Une telle mesure permettrait d’épconomiser autour de 215 millions d’euros. La proposition faite par Corinne Cahen ne se trouve pas dans les scénarios esquissés par l’étude.


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