SINGER/SONGWRITER: Troubadour mutant

Deux des meilleurs chanteurs-compositeurs de l’Amérique du Nord se rejoignent vendredi prochain aux Trinitaires de Metz : l’Américain Jeffrey Lewis et le Canadien Spencer Krug, alias Moonface.

Jeffrey Lewis n’aime pas se faire inviter au brunch par son label.

Issu de la scène new-yorkaise de l’antifolk qui a produit des artistes mondialement connus comme Beck, Regina Spektor ou Adam Green, Jeffrey Lewis est une sorte de troubadour moderne. Depuis ses débuts en 2001, il parcourt le monde entier en organisant ses concerts lui-même et en dormant chez des fans. Bien qu’il fasse partie du grand label Rough Trade, il ne s’est jamais conformé aux exigences du marché de la musique ; son titre « Don’t Let the Record Label Take You out to Lunch » en témoigne. Ainsi, il a réussi un exploit rarissime : vivre de son art sans vendre son âme.

Bien qu’il soit connu avant tout pour ses chansons, l’art de Jeffrey Lewis ne se limite pas à la musique. C’est aussi un fervent dessinateur de bande dessinée, et dans sa conception artistique, ces deux médias s’interpénètrent en permanence, puisque beaucoup de ses textes rappellent des histoires de BD. De même, chacun de ses concerts contient des « low budget movies » : de grands albums de bande dessinée qu’il montre sur scène, en les accompagnant de chant et de musique. Il peut s’agir de science-fiction ou de documentaires, car Lewis possède un grand talent pour résumer des sujets historiques complexes avec une simplicité remarquable, qu’il s’agisse de Pocahontas ou de la chute de l’Union soviétique. La qualité de ces « documentaires » a même été répertoriée par la chaîne américaine « History Channel », qui en a publié dix sur son site web.

Ses textes se démarquent par une honnêteté poignante emballée dans un univers fantastique et absurde. Ils sont souvent récités dans un style qui se rapproche du spoken word, rappelant des modèles comme Allen Ginsberg ou encore Gil Scott-Heron. Or, même si Lewis a tout d’un chanteur folk à l’ancienne, il ne faut pas se fier aux apparences. Sa musique est de l’antifolk, un mélange entre le folk et des éléments issus du punk. Sur scène, ce mélange dépend fortement des amis musiciens qu’il arrive à rassembler pour l’accompagner lors de ses tournées. Ainsi son accompagnement a changé de « The Jitters » à « The Junkyard » pour en arriver au groupe actuel « The Jrams », composé de Caitlin Grey et Heather Wagner.

Tout comme Jeffrey Lewis, le canadien Spencer Krug aime lui aussi se réinventer et foncer de projet en projet, chaque fois sous un pseudonyme différent. Le plus récent est Moonface, qu’il utilise depuis 2010, et sous lequel il a déjà sorti quatre albums. Connu pour changer complètement de style d’un album à l’autre, les seuls composantes de son dernier album « Julia with Blue Jeans on » sont sa voix et le piano. Aucun élément artificiel n’a été rajouté, et cette réduction à l’essentiel produit un effet d’intimité absolue. On a l’impression que Spencer Krug a réussi à supprimer la frontière entre créateur et auditeur. Se rajoute à cette intimité une profonde tristesse de laquelle toutes les chansons sont imprégnées, ce qui fait de « Julia With Blue Jeans On » un album exigeant, presque épuisant, mais aussi très gratifiant.

Tous deux se rejoindront donc le 31 janvier aux Trinitaires de Metz, une occasion à ne pas rater pour tous ceux qui veulent découvrir ces artistes méconnus du le grand public, mais qui comptent parmi les meilleurs paroliers contemporains de l’Amérique du Nord.

Aux Trinitaires à Metz, le 31 janvier dans le cadre du festival Mo’Fo


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